‹ ThéâtreChapitre 89 sur 314 · ACTE V. — LE CARDINAL · texte numérisé non relu

ACTE V. — LE CARDINAL

DIDIER , avec un sourire triste.

Vous savez que nous sommes Bien souvent insensés, nous autres pauvres hommes!

M.'VRION.

Viens! oh! viens! le temps presse, et les chevaux sont prêts. Tout ce que tu voudras, tu le diras après. Mais partons!

DIDIER

Que fait là cet homme qui regarde.'

C'est le geôlier. Il est gagné, comme la garde. Doutez-vous de ces gens ? Vous avez l'air frappé. . .

DIDIER

Non, rien. — C'est que souvent l'on peut être trompé.

M.-^RION

Oh! viens! — Si tu savais, chaque instant qui s'écoule. Je meurs, je crois entendre au loin marcher la foule. Oh! hâtons-nous de fuir, je t'en prie à genoux!

DIDIER, montrant Savernv endormi.

Dites-moi, pour lequel de nous deux venez-vous.''

MARION, un moment interdite.

A part.

Gaspard est généreux, il ne m'a pas nommée.

Haut.

Est-ce ainsi que Didier parle à sa bien-aim.ée .-^ i\Ion Didier, qu'avez-vous contre moi ?

DIDIER

Je n'ai rien.

Voyons, levez la tête, et regardez-moi bien.

Marion, tremblante, fi-te son regard sur le sien.

Oui, c'est bien ressemblant.

MARION

Mon Didier, je t'adore, Mais viens donc!

DIDIER

Voulez-vous me regarder encore ?

Il 1.1 regarde fi.xemcnt.

MARION, terrifiée sous le regard de Didier. A part.

Dieu ! les baisers de l'autre ! Est-ce qu'il les verrait .''

Haut.

— Écoutez-moi, Didier, vous avez un secret. Vous êtes mal pour moi. Vous avez quelque chose! Il faut me dire tout. Vous savez, on suppose Souvent le mal, et puis, plus tard, on est fâché Quand un malheur survient pour un secret caché! Ah ! j'avais autrefois ma part dans vos pensées ! Toutes ces choses-là sont-elles donc passées ?

Ne m'aimez-vous donc plus .'' — Vous souvient-il de Blois ?

De la petite chambre où j'étais autrefois ?

Comme nous nous aimions dans une paix profonde!

Que c'était un oubli de toute chose au monde ?

Seulement, vous, parfois vous étiez inquiet.

Souvent j'ai dit : — Mon Dieu! si quelqu'un le voyait!

— C'était charmant! — Un jour a tout perdu. — Chère âme. Combien m'avez-vous dit de fois, en mots de flamme,

Que j'étais votre amour, que j'avais vos secrets,

Que je ferais de vous tout ce que je voudrais!

Quelles grâces jamais vous ai-je demandées ?

Vous savez, bien souvent j'entre dans vos idées.

Mais aujourd'hui cédez! — Il y va de vos jours!

Ah! vivez ou mourez, je vous suivrai toujours;

Toute chose avec vous, Didier, me sera douce,

La fuite ou l'échafaud ! . . . — Eh bien, il me repousse!

Laissez-moi votre main, cela vous est égal.

Mon front sur vos genoux ne vous fait pas de mal !

J'ai couru pour venir, je suis bien fatiguée.

— Ah! qu'est-ce qu'ils diraient, ceux qui m'ont vue si gaie. Si contente autrefois, de me voir pleurer là!

— As-tu quelque grief sur moi ? dis-moi cela !

— Hélas! souffre à tes pieds la pauvre malheureuse! C'est une chose, ami, vraiment bien douloureuse

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