‹ ThéâtreChapitre 95 sur 314 · ACTE V. — LE CARDINAL · texte numérisé non relu

ACTE V. — LE CARDINAL

• — Oh! viens, que je te dise! — Entre toutes les femmes.

Et ceux qui sont ici m'approuvent dans leurs âmes,

Celle que j'aime, celle à qui reste ma foi,

Celle que je vénère enfin, c'est encor toi! —

Car tu fus bonne, douce, aimante, dévouée! —

Ecoute-moi : — Ma vie est déjà dénouée.

Je vais mourir, la mort fait tout voir au vrai jour.

Va, si tu m'as trompé, c'est par excès d'amour!

— Et ta chute d'ailleurs, l'as-tu pas expiée.''

— Ta mère en ton berceau t'a peut-être oubliée Comme moi. — Pauvre enfant! toute jeune, ils auront Vendu ton innocence ! . . . — Ah ! relève ton front !

— Ecoutez tous : — A l'heure où je suis, cette terre S'efface comme une ombre, et la bouche est sincère!

— Eh bien, en ce moment, — du haut de l'échafaud,

— Quand l'innocent y meurt, il n'est rien de plus haut! — Marie, ange du ciel que la terre a lîétrie.

Mon amour, mon épouse, — écoute-moi, Marie, — Au nom du Dieu vers qui la mort va m'entraînant, Je te pardonne!

MARION, étouffée Je larmes.

Ociel!

DIDIER

A ton tour maintenant.

Il s'agenouille devant elle.

Pardonne-moi !

MARION

Didier!...

DIDIER, toujours à genoux.

Pardonne-moi, te dis-je!

C'est moi qui fus méchant. Dieu te frappe et t'afflige Par moi. Tu daigneras encor pleurer ma mort. Avoir fait ton malheur, va, c'est un grand remord. Ne me le laisse pas, pardonne-moi, Alarie!

MARION

Ah!...

Dis un mot, tes mains sur mon front, je t'en prie. Ou si ton cœur est plein, si tu ne peux parler,

Fais-moi signe... je meurs, il faut me consoler!

Marion lui impose les mains sur le front. 11 se relève et l'embrasse étroitement, avec un sourire de joie céleste.

Adieu! — Marchons, messieurs!

MARION

Elle se jette égarée entre lui et les soldats.

Non, c'est une folie!

Si l'on croit t'égorger aisément, on oublie Que je suis là! — Messieurs, messieurs, épargnez-nous! Voyons, comment faut-il qu'on vous parle? à genoux.'' M'y voilà. Maintenant, si vous avez dans l'âme Quelque chose qui tremble à la voix d'une femme. Si Dieu ne vous a pas maudits et frappés tous, Ne me le tuez pas ! —

Aux spectateurs.

Et VOUS, messieurs, et vous.

Lorsque vous rentrerez ce soir dans vos familles. Vous ne manquerez pas de mères et de filles Qui vous diront : — Mon Dieu! c'est un bien grand forfait! Vous pouviez l'empêcher, vous ne l'avez pas fait ! — Didier ! on doit savoir qu'il faut que je vous suive. Ils ne vous tueront pas s'ils veulent que je vive !

DIDIER

Non, laisse-moi mourir. Cela vaut mieux, vois-tu.'' Ma blessure est profonde, amie! Elle aurait eu Trop de peine à guérir. Il vaut mieux que je meure. Seulement si jamais, — vois-tu comme je pleure! — Un autre vient vers toi, plus heureux ou plus beau. Songe à ton pauvre ami couché dans le tombeau !

MARION

Non! tu vivras pour moi. Sont-ils donc inflexibles? Tu vivras!

DIDIER

Ne dis pas des choses impossibles.

A ma tombe plutôt accoutume tes yeux.

Embrasse-moi. Vois-tu, mort, tu m'aimeras mieux. J'aurai dans ta mémoire une place sacrée. Mais vivre près de toi, vivre, l'âme ulcérée,

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