Acte V, scène ir
11 taut que vous soyez un homme bien infime.
Bien vil, — décidément! — pour croire qu'une femme,
— Oui, Marion de Lorme ! — après avoir aimé
Un homme, le plus pur que le ciel ait formé.
Après s'être épurée à cette chaste flamme,
Après s'être refait une âme avec cette âme.
Du haut de cet amour si sublime et si doux,
Peut retomber si bas qu'elle aille jusqu'à vous !
Au lien de ces huit vers il y avait, dans le manuscrit de l'auteur, quatre vers qui ont été supprimés à la représentation, et que nous croyons devoir reproduire ici. Marion, aux odieuses propositions de Laflemas, se tournait sans lui répondre vers la prison de Didier.
Fût-ce pour te sauver, redevenir intime. Je ne le puis! — Ton souffle a relevé mon âme. Mon Didier! près de toi rien de moi n'est resté. Et ton amour m'a fait une virginité.
Il est fâcheux que, dans notre théâtre, l'auteur, même le plus consciencieux, le plus inflexible, soit si souvent obligé de sacrifier aux susceptibilités inqualifiables de la portion la moins respectable du public les passages parfois les plus austères de son œuvre, et qui, comme celui-ci, en contiennent même l'explication essentielle. 11 en sera toujours ainsi, tant que les premicres représentations d'un ouvrage sérieux ne seront pas exclusivement dominées par ce public grave, sincère, et pénétré de la pureté sereine de l'art, qui sait écouter des paroles chastes avec de chastes oreilles.