‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 184 sur 446 · AAO LETTRE DE M. ALGAROTTI · texte numérisé non relu

AAO LETTRE DE M. ALGAROTTI

de cet maîtres , soit que l'action se passe à Rome, à Athènes on à ConstantinoplCy ne contiennent qu'un mariage concerté, ira- Tersé ou rompu. On ne peut s'attendre à rien de mieux dans ce genre , où l'Amour^ donne avec un sonris ou la paix on la guerre. U me parait qu'on pourrait dAiner au drame i||i .ton supérieur à celuiHïi. Le JuU^-Cétar en est une preuve; Fauteur de la tendre Zaïre ne respire ici que des sentimens d'ambition, de vengeance et de liberté.

La tragédie dok être l'imitation des grands hommes ; c'est ce qui la distingue de la comédie : mais si les actions qu'elle représente sont aussi des plus grandes , cette distinction n'en sera que plus marquée , et Ton peut atteindre par ce moyen à un genre supérieur. N'admire-t-on pas davantage Marc-Ântoiift à Philippes, qu'à Actium? Je ne doute pourtant pas que ces raisons ne puissent essuyer de fortes contradictions. Il faudrait avoir bien peu de connaissance de l'homme, pour ne pas savoir que les préjugés l'emportent presque toujours sur la raison, et surtout les préjugés autorisés par un seae qui impose une loi qu'on suit toujours avec plaisir.

L'amour est depuis trop long-temps en possession du théâtre français, 'pour souffrir que d'autres passions y prennent sa place. C'est ce qui me fait croire que le Jtile&'César pourrait bien «voir le même sort que les Thémistocle, les Alcibiade, et les autres grands hommes d'Athènes, admirés de toute la terre pendant que l'ostracisme les bannissait de leur patrie.

M. de Voltaire a imité, en quelques endroits, Shakespeare , poète anglais, qui a réuni dans la même pièce les puérilités les plus ridicules et les morceaux les plus sublimes ; il en a £ût le même usage que Virgile fesait des ouvrages d'Ennius : il a imité de l'auteur anglais les deux dernières scènes, qui sont les plus beaux modèles d'éloquence qu'il y ait au théâtre. ' "^

Quiim flueret lutulentus , erat quod tollera velies.

N'est-ce point un reste de barbarie en Europe de vouloir que les bornes que la politique et la fantaisie des hommes ont prescrites pour la séparation des états, servent aussi de limites aux sciences et aux beaux-arts, dont les progrès pourraient

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s'étendre par un commerce mntnel des Itunières de ses Toisins? Cette réflexion conTient même mieux à la nation française qu'à toute autre : elle est dans le cas de ces auteurs dont le public exige plus , à mesure qu'il en a plus reçu ; elle est si généralement polie et cultivée, que cela met en droit d'exiger d'elle que non* seulement elle approuve , mais qu'elle cherche même k s'enrichir de ce qu'elle trouve de bon chez ses voisins:

Tros , Rutalasve fuat , nuUo discrimine habebo.

Une objection dont je ne vous parlerais pas» si je ne l'eusse entendu faire, est sur ce que cette tragédie n'est qu'en trois actes : c'est, dit-on, pécher contre le théâtre, qui vent que le nombre des actes soit fixé à cinq, fl est vrai qu'une des règles est qu'à toute rigueur la représentation ne dure pas plus de temps qu^n'aufait duré l'action , si véritablement elle fût arrivée. On a borné avec taison le temps à trois heures , parce qu'une plus IdRgue durée lasserait l'attention, et empêcherait qu'on ne put réunir aisément dfe&s le même point de vue les différentes circonstances de l'action qui les passe. Sifr ce principe, on a divisé les pièces en cinq actes, pour la commodité des spectateurs et de l'auleur, qui peut foire arriver d«ns ces inleiv valles quelque événem^t nécessaire au nœud oi»»au dénomment de la pièce : tonte l'objection se réduit donc à n'avoir fait durer l'action du Céêar que deux heiures au li^ de trois. Si ce n'est pas un défaut , le nombre des actes n'en doit pas être un non plus, puisque la même raison qui veut qu'une action do trois heurersoit partagée en cinq actes, demande aussi qu'une action de deux heures ne le soit qu'en trois. II ne s'ensuit pas de ce que la phu grande étendue qui t été prescrite est de trois heures , qu'on ne puisse pas la rendf^ moindre , et je ne vois point pourquoi une tragédie assujettie aux trois unités , d'ail:leurs pleine d'intérêt, excitant la terreur et la compassion ^ •enfin produisant en deux heures le même effet que les autres en trois, ne serait pas une excellente tragédie.

Une statue dans laquelle les belles proportions et les autres règles de l'art sont obserfét», ne laisse pas d'être une belle sutne, quoiqu'elle soit pl«s petite qu'une autre ùàMe sur les

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inémes règles. Je ne croîs pas qae personne troure la Ténus de Iftédicis moins belle dans son genre que le Gladiateur , parce qu'elle n'a que quatre pieds de haut , et qae le Gladiatenr en a six.

M. de Voltaire a peut-être Yonla donner à son César moins d'étendue que Ton n'en donne communément anx pièces dramatiquef , pour sonder le goàt du public par un essai , si l'on peut appeler de ce nom une pièce aussi achevée, n s'agit pour cela d'une révolution dans le théâtre français , et c'eût été peutêtre trop hasarder que de commencer par parler de liberté et de politique trois heures de suite à une nation accoutumée à voir soupirer M ithridate , Mtr le point de marcher au Capitole. On doit tenir compte à M. de Voltaire de ce ménagement, et ne lui piéint faire d'ailleurs un crime de n'avoir mis ni amour ni femmes dans sa pièce : nées pour inspirer la mollesse et les^sentimens tendres, elles ne pourraient jouer qu'un r61e ridicule entre Brutus et Cassius, atroces animœ. Elles en jouent de sftiéiUans partout ailleurs, qu'elles ne doivent pas se plaindre de n'eu aroîr aucun dbis César.

Je ne vous parlerai point des beautés de détail^ qui sont sans nombre dans cette pièce, ni de la force de la poésie, pleine d'images et^e sentimens. Que ne doit->«npas attendre de l'auteur de Brutus et de la Henriade? La scène de la conspiration me paraît des phis belles et des plus fortes qu'on ait encore vues sur le théâtre; elle fait yoir en action ce qui jusqu'à présent ne s'était presque toujours passé qu'en récit t

Segniùs irritant animoa demissa per aures Qaàm quae sunt o^lis subjecta fîdelibus , et quae Ipse sibi tradit spectator

La mort même ée César se passe presque à la vue des spect^* teurs , ce qui nous épargne ua récit qui , qpielque beau qu'il fût , ne pourrait qu'être froid, les événemens et les circonstances qui l'accompagnent étant trop connus de tout le monde.

Je ne puis asses admirer combien cette tragédie est pleine de choses, et combien les caractères sent grands et soutenus. Quel prodigteux contraste entee César et'firutus! Ce qui d'ailleurs

A M. L'ABBÉ PEANCHINI. :k%%

ttoà ce fiqet extrèmeiiient difficile à traiter, c'est Fart qa'il faut pour peindre d'un c6té Bmtos a^ec une Tertu féroce à la Tenté, et presqiie ingrat , mais ayant en main la bonne canse, an moins selon les apparences et par rapport au temps où Fantear nous transporte ; et de l'autre , César rempli de clémence et des vertus les pins aimables , mais voulant opprimer la liberté de sn patrie. H &nt smtéresser paiement pour tons les deux pendant le cours de la pièce , quoiqu'il semble que ces passions doivent s'entre-nuire et se détruire réciproquement , comme feraient deux forces ^ales et opposées, et par conséquent ne produire aucun effet, et renvoyer les spectateurs sans ag^tion.

Ce sont ces réflexions qui ont ^t dire à on bomme dn métier ' , qu'il regardait ce sujet comme l'écueil des poètes tragiques, et qu'il l'aurait propq^ volontiers à «pielqu'un de ses rivaux.

U semble que M. de Voltaire , non content de ces difficultés, en ait vouln faire naître de nouvelles en fesant Brutus*fils de César, ce qui d'ailleurs est fondé anr lliistoire. U a aussi trouvé par là le moyen de se niénager de très belles situations, et de jeter dans sa pièce un nouvel intérêt, qui se réunit tout entier à la fin pour César. La barangue ^Antoine produit cet effet; et 41e est à mon avis un modèle de l'éloipience la pkis sédui* ' santé : enfin, je crois qa» l'on peut dire avec vérité, ^e M. de Voltaire a oipvert une nouvelle oannère et qu'il a atteiat le but en même temps*

'M. MartelH, qui a écrit beaucoup de tragédies en italien. Il s^cst lerri d'une nouvelle espèce de vers rimes qu*it avait imaginée diaprés les vers alexandrins. Cette nouveauté n'a pas été favorable à ses pièces.

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