‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 255 sur 446 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

et que les charmes des belle^lettres ne peuvent amollir,

qui sait se fortifier avec Locker, s'éclairer avec Clarke

et Newton , s élever dans la lecture de Ciceron et de

Bossuet , s'embellir par les charmes de Virgile et da

Tasse!

Tel est votre gënie , madame : il faut que je ne craigne point de le dire , quoique vous craigniez de l'entendre. Il faut que votre exemple encourage les personnes de votre sexe et de votre rang à croire qu'on s'anoblit encore en perfectionnant sa raison , et que l'esprit donne des grâces.

Il a été un temps en France , et même dans toute l'Europe , où les hommes pensaient déroger ^ et les femmes sortir de leur état , en osant s'instruire. Les uns ne se croyaient nés que pour la guerre ou pour l'oisiveté ; et les autres , que pour la coquetterie.

Le ridicule même que Molière et Despréaux^ ont jeté sur les femmes savantes , a semblé, dans un siéde poli f justifier les préjugés de la barbarie. Mais Molière , ce législateur dans la morale et dans les bienséances du monde , n'a pas assurément prétendu, en attaquant les femmes savantes , se moquer de la science et de l'esprit. Il n'en a joué que l'abus et l'affectation ; ainsi que, dans son Tartufe, il a diffamé l'hypocrisie et non pas la vertu.

Si , au lieu de faire une satire contre les femmes » l'exact» le solide , le laborieux, l'élégant Despréaux avait consulté les femmes de la cour les plus spiri* tueUes y il eût ajouté à l'art et au mérite de ses ouvrages si bien travaillés ^ des grâces et des fleurs qui

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