‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 257 sur 446 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

homme ëult opprimé. « II faut apparemment; dil-Sl, qjaiB cet « homme soit d*ane grande aBdskion, et qnfil cherche a t'ëlerer « à quelqu'un de ces postes qui irritent la cupidité humaine et « l'enyie. » -* « Non , lui répondit-on ; c'est un citoyen obscur, c retiré , qui vit plus avec Virgile et Locke qu'avec ses compar- « triotes , et dont la figure n'est pas plus connue de quelques- « uns de ses ennemis , que âa. graveur qui a prétendu graver « son portrait. C'est Tauteur de quelques pièces qui vous ont «t ftdt verser des larmes , et de quelques ouvrages dana lesquels, «maljgré leurs défauts, vous aimes cet esprit d'humanité, de «justice, de liberté (fax y trègne. Ceux' qui le calomnient, ce « sont des hommes pour la plupart plus obscurs que lui, qut « prétendent lui disputer un peu ée fumée , et qui le persécnte- «r rottt jusqu'à sa mort, nniqueiAent à cause du plaisir qu'il viras «r â donné. irCet étranger se sishtit quelque indignation pour les percuteurs, et quelquebienteîllance potfrlepersécnté.

^Uest^ur, il font l'avouer, de ne. point obtenir de ses eon^ temporains et de ses compatriotes ce que l'on peut espérer des étrangers et de la postérité. B est bien cruel, bien hOnleux piDur IVsprit'hÉanain, que là Httétafure soit infectée de ces haines personnelles,- de ces cabales*, de ces intrigues, qui dévraieirt être le partage des esclaves de la fortune. Qne gagnent les auteurs en se' déchirant mtttuellefmenl? Us aviTuisent une profession qu'il ne tient qu'à eux de rendre respectable. Faut-41 que l'art de penser, le plus beau partage des hoHMnM , devienne une source de ridicules , et qi*e les gens d'esprit , rendus aouvenC par feurs querelles le jonet des sots , soient les boulfons d'bn public dont ils devraient être les maîtres ^

Virgile, Varias, Pollion, Horace, Tibulle, étaient amis; les monnmens de leur amitié subsistent ,' et apprendront à jamais aux hommes que les esprits supérieurs doivent être unis. Si nous n'atteignons pas à l'excellence de leur génie, ne pouvonsnous pas avoir leurs vertus ? Ces hommes sur qui IHinivers avait les yeux , qui avaient à se disputer TadmirMlon de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, s'aimaient pourtant et vivaîèBt en

Ï^RÉtlMINAIRË. 3î5

Mires; et nons, qn! sommes renfermés sur un si pedt théÀtre, nvtts , dont les'Bdms , à peine connus dans un coin dn monde , passeront bientôt comme nos modes , nous nous acharnons les nns contre les antres pour nn éclair de réputation , qui, hors de notre petit horizon , ne frappe les yeux de personne. Nons sommes dans nn temps de disette ; nons aTons peu , nous nous l'arrachotis. Virgile et Horace ne se disputaient rien , parce qu'ils étaient dans Pabondànce.

On a imprimé oit HVré, de *Morbis Aràficum, des Maladies des Altiste. La phis incurable est cette jalousie et cette bassesse. Mai» ce qu'il y a die déshonorant, c'est que llntérét a souvent plus' de part encore que l'enyie à toutes ces petites brOcbtiT^'satiriquesdoht' nous sommes înondés: On demandait , il nY A ^fls long-*teriips , à ttk homimè qui avait fah je ne sais quelle mauvaise brochure contre son ami et son bienfaiteur, pourquoi il s'était emjporté'à'cetëicès d'ingratitude. H répondit fToiàénieatVli/aùtqiiéjè'i>iie,'^ '

De quét^ue soiirce'que paHent cek outragés ^ il est 'sûr qu'un ho^nme qui' n'est attaqué qiie dàh^ ses écrits;' tiè doit jamais répondit aux critiques J ékt si elles sont bônïiès ,'ilVâ autre' chose à fitre qu^à se corriger;' et si elles ioht mauvaises, elles meurent en Kifafss&nt. $ouvehons-nous de la fablé âû 'Bôccalini. « Un'vioyageur, cfit-iï,' étiiit 'importuné , dims son ckèmin, du « bruit des cigales; il s'artièta pour ïéi tuferj il h en vint pas à « bout, èf ne fit que s^écâfter de sa route :ll n'aVaif qu'à contî- « nuer paisiblement son voyage ; les cigales seraient mortes « d'elles-mêmes au bout de huit jour». »

JX faut toujours que l'auteur é*oublid ; mais l'homme ne doit jamais s'oublier : se ipfwn deserere ttnpisnmum est. On sait que ceux qui n'ont pas assez d'esprit pour attaquer nos ouvrages , calomnient nos personnes; quelque honteux qu'il soit de leur répondre» il le serait quelquefois davantage dé ne leur répondre pas.

' Qe fut Fabbe Guyot Desfontaînes qui fit cette réponse à M. le comte d^Argenwm , depuis secrëtain d'état de la guerre j a quoi le comto^' d'Argenaoo répliqua : Jû n'en vois pas la nécessUé.

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