ACTE I, SCENE I
R Alvarez , me dit-il , Alvarez , esuce voua ? « Vivez, votre vertu nous est trop nécessaire: « Vivez , aux malheureux servez long-temps de père : « Qu'un peuple de tyrans , qui veut nous enchaîner, « Du moins par cet exemple apprenne à pardonner ! « Allez , la grandeur d'âme est ici le partage « Du peuple infortuné qu'ib ont nommé sauvage. » Eh bien ! vous gémissez : je sens qu'à ce récit Votre coeur , malgré vous , s'émeut et s'adoucit. L'humanité vous parle, ainsi que votre père. Ah ! si la cruauté vous était toujours chère, De quel front aujourd'hui pourriez^ous vous offrir Au vertueux objet qu'il vous fiiut attendrir , A la fille des rois de ces tristes contrées , Qu'à vos sanglantes mains la fortune a livrées P Pi;étendez-vous , mon fils , cimenter ces liens Par le sang répandu de ses concitoyens? Ou bien attendez-vous que ses cris et ses larmes De vos sévères mains âtssent tomber les armes P
GUSMAN
£h bien ! vous l'ordonnez , je brise leurs liens ,
J y consens ; mais songez qu'il faut qu'ils soient chrétiens :
Ainsi le veut la loi : quitter l'idolâtrie
Est un titre en ces lieux pour mériter la vie ;
A la religion gagnons^les à ce prix :
Commandons aux cœurs même, et forçons les esprits.
De la nécessité le pouvoir invincible
Traîne au pied des autels un courage inflexible.
Je veux que ces mortels, esclaves de ma loi^
Tremblent sous un seul Dieu, comme sous un seul roi.
▲ LVAEBZ.
Écoutez-moi , mon fils ; plus que vous je dénre Qu'ici la vérité fonde un nouvel empire ,
THéATftB. TOVB II. ^2
Que le ciel et TEspagne y soient sans ennemis ;
Mais les cœurs opprimés ne sont jamais soumis.
J'en ai gagné plus dun, je n'ai forcé personne;
Et le yrai Dieu, mon fils, est un Dieu qui pardonne.
GUSHAH.
Je me rends donc, seigneur , et tous Tarez touIu : Vous avez sur un fils un pouvoir absolu ; Oui , TOUS amolliriez le cœur le plus £Birouche : L'indulgente vertu parle par votre bouche. Eh bien ! puisque le ciel voulut vous accorder Ce don, cet heureux don de tout persuader, C'est de vous que j'attends le bonheur de ma vie. Alzire , contre moi par mes feux enhardie , Se donnant à regret, ne me rend. point heureux. Je l'aime , je l'avoue, et plus que je ne veux ; Mais enfin je ne puis , même en voulant lui plaire. De mon cœur trop altier fléchir le caractère; Et rampant sous ses lois, esclave d'un coup d'œil, Par des soumissions caresser son orgueil. Je ne veux point sur moi lui donner tant d'empire. Vous seul , vous pouvez tout sur le père d' Alzire : En un mot , parlez-lui pour la dernière fois ; Qu'il commande à sa fille^ et force enfin son choix. Daignez.... Mais c'en est trop^ je rougis que mon père Pour l'intérêt d'un fils s'abaisse à la prière.
▲ I.VAABZ.
C'^n est £aiit. J'ai parlé, mon fils, et sans rougir.
Montèze a vu sa fille , il l'aura su fléchir.
De sa famille auguste, en ces lieux prisonnière.
Le ciel a par mes soins coqsolé la misère.
Pour le vrai Dieu Montèze a quitté ses jEaiux dieux.
Lui-même de sa fille a dessillé les yeux.
De tout ce nouveau moQdo AJizire estie modèle ;