‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 336 sur 446 · ACT£ III, $C£N£ I · texte numérisé non relu

ACT£ III, $C£N£ I

Faut-il encor qu*un valet m'humilie?

Quelle accablante et terrible leçon !

Je sens encor, je sens qu'il a raison. Il me console au moins à sa manière; Il n^*accompagne; et son Ime grossière, Sensible et tendre en sa rusticité, N'a point pour moi perdu l'humanité ; Né mon égal (puisque enfin il est homme), Il me soutient sous le poids qui m'assomme , Il suit gaîment mon sort infortuné; Et mes amis m'ont tous abandonné*

JASMIN

Toi, des amis! hélas! mon pauvre maître, Apprends-moi donc , de grâce, à les connaître; Comment sont faits les gens qu'on nomme amis?

BUPHBMON fils.

Tu les as tus chez moi toujours admis, M'importunant souvent de leurs visites, A mes soufiers délicats parasites , Vantant mes goûts d'un esprit complaisant, Et sur le tout empruntant mon argent; De leur bon cœur m'étourdissant la tète , £t me louant moi présent.

Pauvre béte !

Pauvre innocent! tu ne les voyais pas Te chansonner au sortir d'un repas > SifiBer, berner ta bénigne imprudence?

BUPHBMON fils.

Ah! je le crois; car, dans ma décadence ^ Lorsqu'à Bordeaux je me vis arrêté, Aucun de ceux à qui j'ai tout prêté Ne me vint voir ; nul ne m'ofiSrit sa bourse :

440 L'ENFAmr PRODIGUE,

Puis au sortir, malade et ahm ressource, Lorsqu'à l'un d'eux, que j'avais tant aimé, J'allai m'offrir mourant, inanimé, Sous ces haillons, dépouilles délabrées.

De l'indigence exécrables livrées; Quand je lui vins demander un secours D'où dépendaient mes misérables jours, Il détourna son œil confus et traître^ Puis il feignit de ne me pas connaître, Et me chassa comme un pauvre importun.

lASMIH.

Aucun tt*osa te consoler ?

BUPHÉMON fils.

Aucun.

JASMIN

Ah, les amis ! les amis ! quels inâmes ! SUPHBXOH fils.

Les hommes sont tous de fer.

jAsmir.

Et les femmes?

BtTFHlBMOH fils.

J'en attendais , hélas ! plus de douceur; J'en ai cent fois essuyé plus d*horreur. Celle surtout qui, m*aimant sans mystère, Semblait placer son orgueil à me plaire, Dans son logis meublé de mes présens, De mes bienfaits achetait des amans.

Et de mon vin régalait leur cohue, Lorsque de ùim j'expirais dans sa rue.

Enfin , Jasmin , sans ce pauvre vieillard Qui dans Bordeaux me trouva par hasard , Qui m avait vu, dit-il, dans mon enfance. Une mort prompte eût fini ma souffrance.

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