SCÈNE V
EUPHÉMON fils, r«f«Mnti JASMIN.
JASMIN) en Tembraftant.
Je t'ai trouvé déjà condition ,
Et nous serons laquais chez Euphémon.
£UPH£KOir fils.
Ah!
JASMIN
S'il te plait| quel excès de surprise?
Pourquoi ces yeux de gens qu'on exorcise, Et ces sanglots coup sur coup rédoublés | Pressant tes mots au passage étranglés ?
BUPHBMON fils.
Ah ! je ne puis contenir ma tendresse ;
Je cède au trouble, au remords qui me presse.
JASMIN
Qu*a-t-elle dit qui t ait tant agité ?
BUFHBMON £ls.
Elle m'a dit.... Je n'ai rien écouté,
JASMLZt.
Qu aveA-vous donc?
B0PHBM0N fila*
Mon ecnur ne peut se taire :
Cet Euphénion...*
«ASKIN.
Eh bien?
BVBMBMON fils.
Ah!... c'est mon père.
TASmiT.
Qui? lui, monsieur?
45a L'BNFANT PRODICUE,
BUPHBMOH fils.
Oui , je suis cet aîné, Ce criminel , et cet infortune, Qui désola sa famille éperdue. Ah ! que mon cceur palpitait à sa vue ! Qu'il lui portait ses vœux humiliés!
Que j'étais près de tomber à ses pieds !
lASMIir.
Qui ? TOUS y son fils ? ah ! pardonnes, de grice , Bfa fiunilière et ridicule audace ; Pardon , monsieur.
BUPHéMON fils.
Va , mon coeur oppressé Peutril savoir si tu m'as o£fensé?
JASMIN
Vous êtes fils d'un honmie qp'on admire , D'un honmie unique; et, s'il faut tout vous dire, D'Euphémon fils la réputation Ne flaire pas à beaucoup près si bon.
BUPHBiiON fils.
Et c'est aussi ce qui me désespère.
Mais réponds«moi ; que te disait mon père?
IXSMIV»
Moi, je disais que nous étions tous deux Prêts à servir, bien élevés, très gueux; Et lui, plaignant nos destins sympathiques, Nous recevait tous deux pour domestiques. Il doit ce soir vous placer chez ce fils , Ce président à Lise tant promis, Ce président votre fortuné frère , De qui Rondon doit être le beau-père.
BUPHBKOlf fib.
Eh bien ! il jEiut développer mon cœur.
XCTE in, SCENE V. /,53
Vois tous mes maux, connais leur profondeur: S*étre attiré, par un tissu de crimes , D'un père aimé les fureurs légitimes , Être maudit, être déshérité, Sentir Fhorreur de la mendicité , A mon cadet voir passer ma fortune, Être exposé, dans ma honte importune, A le servir, quand il m*a tout 6té ; Voilà mon sort : je l'ai bien mérité.
Mais croirai»>tu qu'au sein de la souffrance , Mort aux plaisirs , et mort à l'espérance , Haï du monde, et méprisé de tous , N'attendant rien , j'ose être encor jaloux ?
JASXIN.
Jaloux! de qui?
BVPHÉMOH fils.
De mon frère, de lise.
JASKIN.
Vous sentiriez un peu de convoitise
Pour votre sœur ? mais vraiment c'est un trait
Digne de vous ; ce péché vous manquait.
BUPH^XON fils.
Tu ne sais pas qu'au sortir de l'enfance ( Car chez Rondon tu n'étais plus , je pense ), Par nos parens l'un à Hautre promis, Nos cœurs étaient à leurs ordres soumis ; Tout nous liait, la conformité d'Age, Celle des goûts , les jeux, le voisinage: Plantés exprès, deux jeunes arbrisseaux Croissent ainsi pour unir leurs rameaux. Le temps, l'amour qui hâtait sa jeunesse, La fit plus beUe, augmenta sa tendresse: Tout l'univers alors m'eût envié;
Mais jeune, avengle, à des méchans lié. Qui de mon cœur corrompaient rinnocenee , Ivre de tout dans mon extravagance, Je me fesais un lâche point d*honneur De mépriser, d'insulter son ardeur.
Le croirais-tu P je Taccablai d*outrages. Quels temps, hélas! les violens orages Des passions qui tronhlaîent mon destin A mes parens m'arrachèrent enfin.
Tu sais depuis quel fut mon sort funeste: J ai tout perdu ; mon amour seul me reste; Le ciel , ce ciel qui doit nous désunir, Me laisse un cœur, et c*est pour me punir.
lÂSMIV.
S*il est ainsi, si dans votre misère
Vous la raimez , n'ayant pas mieux à fiiire ,
De Croupillac le conseil était bon ,
Db vous fourrer, s'il se peut, chez Rondon.
Le sort maudit épuisa votre bourse ;
L'amour pourrait vous servir de ressource.
8UPHBXON fils.
Moi , l'oser voir ! moi , m'offrir à ses yeux , Après mon crime , en cet état hideux f Il me faut fuir un père, une maîtresse : J'ai de tous deux outragé la tendresse ; Et je ne sais , â regrets superflus !
Lequel des deux doit me haïr le plus.