‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 344 sur 446 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

EUPHÉMON fils, r«f«Mnti JASMIN.

JASMIN) en Tembraftant.

Je t'ai trouvé déjà condition ,

Et nous serons laquais chez Euphémon.

£UPH£KOir fils.

Ah!

JASMIN

S'il te plait| quel excès de surprise?

Pourquoi ces yeux de gens qu'on exorcise, Et ces sanglots coup sur coup rédoublés | Pressant tes mots au passage étranglés ?

BUPHBMON fils.

Ah ! je ne puis contenir ma tendresse ;

Je cède au trouble, au remords qui me presse.

JASMIN

Qu*a-t-elle dit qui t ait tant agité ?

BUFHBMON £ls.

Elle m'a dit.... Je n'ai rien écouté,

JASMLZt.

Qu aveA-vous donc?

B0PHBM0N fila*

Mon ecnur ne peut se taire :

Cet Euphénion...*

«ASKIN.

Eh bien?

BVBMBMON fils.

Ah!... c'est mon père.

TASmiT.

Qui? lui, monsieur?

45a L'BNFANT PRODICUE,

BUPHBMOH fils.

Oui , je suis cet aîné, Ce criminel , et cet infortune, Qui désola sa famille éperdue. Ah ! que mon cceur palpitait à sa vue ! Qu'il lui portait ses vœux humiliés!

Que j'étais près de tomber à ses pieds !

lASMIir.

Qui ? TOUS y son fils ? ah ! pardonnes, de grice , Bfa fiunilière et ridicule audace ; Pardon , monsieur.

BUPHéMON fils.

Va , mon coeur oppressé Peutril savoir si tu m'as o£fensé?

JASMIN

Vous êtes fils d'un honmie qp'on admire , D'un honmie unique; et, s'il faut tout vous dire, D'Euphémon fils la réputation Ne flaire pas à beaucoup près si bon.

BUPHBiiON fils.

Et c'est aussi ce qui me désespère.

Mais réponds«moi ; que te disait mon père?

IXSMIV»

Moi, je disais que nous étions tous deux Prêts à servir, bien élevés, très gueux; Et lui, plaignant nos destins sympathiques, Nous recevait tous deux pour domestiques. Il doit ce soir vous placer chez ce fils , Ce président à Lise tant promis, Ce président votre fortuné frère , De qui Rondon doit être le beau-père.

BUPHBKOlf fib.

Eh bien ! il jEiut développer mon cœur.

XCTE in, SCENE V. /,53

Vois tous mes maux, connais leur profondeur: S*étre attiré, par un tissu de crimes , D'un père aimé les fureurs légitimes , Être maudit, être déshérité, Sentir Fhorreur de la mendicité , A mon cadet voir passer ma fortune, Être exposé, dans ma honte importune, A le servir, quand il m*a tout 6té ; Voilà mon sort : je l'ai bien mérité.

Mais croirai»>tu qu'au sein de la souffrance , Mort aux plaisirs , et mort à l'espérance , Haï du monde, et méprisé de tous , N'attendant rien , j'ose être encor jaloux ?

JASXIN.

Jaloux! de qui?

BVPHÉMOH fils.

De mon frère, de lise.

JASKIN.

Vous sentiriez un peu de convoitise

Pour votre sœur ? mais vraiment c'est un trait

Digne de vous ; ce péché vous manquait.

BUPH^XON fils.

Tu ne sais pas qu'au sortir de l'enfance ( Car chez Rondon tu n'étais plus , je pense ), Par nos parens l'un à Hautre promis, Nos cœurs étaient à leurs ordres soumis ; Tout nous liait, la conformité d'Age, Celle des goûts , les jeux, le voisinage: Plantés exprès, deux jeunes arbrisseaux Croissent ainsi pour unir leurs rameaux. Le temps, l'amour qui hâtait sa jeunesse, La fit plus beUe, augmenta sa tendresse: Tout l'univers alors m'eût envié;

Mais jeune, avengle, à des méchans lié. Qui de mon cœur corrompaient rinnocenee , Ivre de tout dans mon extravagance, Je me fesais un lâche point d*honneur De mépriser, d'insulter son ardeur.

Le croirais-tu P je Taccablai d*outrages. Quels temps, hélas! les violens orages Des passions qui tronhlaîent mon destin A mes parens m'arrachèrent enfin.

Tu sais depuis quel fut mon sort funeste: J ai tout perdu ; mon amour seul me reste; Le ciel , ce ciel qui doit nous désunir, Me laisse un cœur, et c*est pour me punir.

lÂSMIV.

S*il est ainsi, si dans votre misère

Vous la raimez , n'ayant pas mieux à fiiire ,

De Croupillac le conseil était bon ,

Db vous fourrer, s'il se peut, chez Rondon.

Le sort maudit épuisa votre bourse ;

L'amour pourrait vous servir de ressource.

8UPHBXON fils.

Moi , l'oser voir ! moi , m'offrir à ses yeux , Après mon crime , en cet état hideux f Il me faut fuir un père, une maîtresse : J'ai de tous deux outragé la tendresse ; Et je ne sais , â regrets superflus !

Lequel des deux doit me haïr le plus.

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