ACTE I, SCENE L
ADELAÏDE
Vos conseils généreux me pressent d'accepter
Ce rang, dont un grand prince a daigné me flatter.
Je n'oublirai jamais combien son choix m'honore;
J'en vois toute la gloire ; et quand je songe encore
Qu'avant qu'il fût .épris de cet ardent amour ,
Il daigna me sauver et l'honneur et le jour,
Tout ennemi qu'il est de soïi roi légitime,
Tout vengeur des Anglais, tout protecteur du crime,
Accablée à ses yeux du poids de ses bienfaits ,
Je crains de l'afiBiger, seigneur, et je me tais.
Mais, malgré son service et ma reconnaissance ,
Il faut par des refus répondre à sa constance :
Sa passion m'afflige; il est dur à mon. cœur.
Pour prix de tant de soins , de causer son malheur.
A ce prince , à moi«mème , épargnez cet outrage :
Seigneur, vous pouvez tout sur ce jeune courage.
Souvent on vous a vu, par vos conseils prudens^
Modérer de son cœur les transports turbulens.
Daignez débarrasser ma vie et ma fortune
De ces nœuds trop brillans, dont l'éclat m'importune.
De plus fières beautés , de plus dignes appas
Brigueront sa tendresse , où je ne prétends pas.
D'ailleurs, quel appareil, quel temps pour l'hyménée !
Des afmes de mon roi Lille est environnée;
J'entends de tous côtés les clameurs des soldats.
Et les sons de la guerre, et les cris du trépas*
La terreur me consume ; et votre prince ignore
Si Nemours.... si sou frère, hélas! respire encore!
Ce frère qu'il aima.... ce vertueux Nemours....
On disait que la Parque avait tranché ses jours;
Que la France en aurait une douleur mortelle!
Seigneur, au sang des rois il fut toujours fidèle.
54 ADELAÏDE DU CUtSCLIÎf,
S*il est vrai que sa mort.... Excu54» mes ennuis, Mon amour pour mes rois, elle troublé où je suis.
Vous pouvez Texpliqua* au prince qui tous aime, Et de tous vos secrets l'entretenir vous-nlêroe: Il va venir y madame, et peut-être vos vœux....
▲ DBLAÏDB*
Ah ! Coucjy prévenez le malheur de tous deux» Si vous aimez ce prince , et si dans mes alarmes, Avec quelque pitié vous regardez mes larmes , Sauvez-le , sauvez-moi de ce triste embarras ; Daignez tourner ailleurs ses desseins et ses pas. Pleurante et désolée , empêchez quil me voie.
CQUCT.
Je plains cette douleur où votre âme est en proie.
Et, loin de la gêner d'un regard curieux,
Je baisse devant elle un œil respectueux ;
Mais quel que soit l'ennui dont votre cosuraoupire ,
Je vous ai déjà dit ce que j ai dû vous dire:
Je ne puis rien de plus : le prince est soupçonneux ;
Je lui serais suspect en expliquant vos vteux.
Je sais à quel etxcès irait sa jalousie,
Quel poison mes discours répandraient sur sa vie :
Je vous perdrais peut-être; et mon soin dangereux ,
Madame , avec un mot , ferait trois malheureux.
Vous, à vos intérêts rendez«*vous moins contraire.
Pesez sans passion Vhonneur qu'il veut vous fuira
Moi , libre entre vous deux, souffrez que, dès ce jour,
Oubliant à jamais le langage d'amour,
Tout entier à la guerre, et mutre de mon âme ,
J'abandonne à leur sort et vos voeux et sa flamme.
Je crains de l'alfliger, je crains de vous trahir;
Et ce n'est qu'aux combats que je dois le servir.
ACTSI, SCENE L SS
Laisses^moi d*ui| soldat gardar le caraolàre, Madame ; et puisque enfin U Fraace tous est chère , Rendez-lui oe héros qui serait acm appui : Je TOUS laisse y penser, et je cours près de lui. Adieu, niadwie.