‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 49 sur 446 · ACTE I, SCENE L · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE L

ADELAÏDE

Vos conseils généreux me pressent d'accepter

Ce rang, dont un grand prince a daigné me flatter.

Je n'oublirai jamais combien son choix m'honore;

J'en vois toute la gloire ; et quand je songe encore

Qu'avant qu'il fût .épris de cet ardent amour ,

Il daigna me sauver et l'honneur et le jour,

Tout ennemi qu'il est de soïi roi légitime,

Tout vengeur des Anglais, tout protecteur du crime,

Accablée à ses yeux du poids de ses bienfaits ,

Je crains de l'afiBiger, seigneur, et je me tais.

Mais, malgré son service et ma reconnaissance ,

Il faut par des refus répondre à sa constance :

Sa passion m'afflige; il est dur à mon. cœur.

Pour prix de tant de soins , de causer son malheur.

A ce prince , à moi«mème , épargnez cet outrage :

Seigneur, vous pouvez tout sur ce jeune courage.

Souvent on vous a vu, par vos conseils prudens^

Modérer de son cœur les transports turbulens.

Daignez débarrasser ma vie et ma fortune

De ces nœuds trop brillans, dont l'éclat m'importune.

De plus fières beautés , de plus dignes appas

Brigueront sa tendresse , où je ne prétends pas.

D'ailleurs, quel appareil, quel temps pour l'hyménée !

Des afmes de mon roi Lille est environnée;

J'entends de tous côtés les clameurs des soldats.

Et les sons de la guerre, et les cris du trépas*

La terreur me consume ; et votre prince ignore

Si Nemours.... si sou frère, hélas! respire encore!

Ce frère qu'il aima.... ce vertueux Nemours....

On disait que la Parque avait tranché ses jours;

Que la France en aurait une douleur mortelle!

Seigneur, au sang des rois il fut toujours fidèle.

54 ADELAÏDE DU CUtSCLIÎf,

S*il est vrai que sa mort.... Excu54» mes ennuis, Mon amour pour mes rois, elle troublé où je suis.

Vous pouvez Texpliqua* au prince qui tous aime, Et de tous vos secrets l'entretenir vous-nlêroe: Il va venir y madame, et peut-être vos vœux....

▲ DBLAÏDB*

Ah ! Coucjy prévenez le malheur de tous deux» Si vous aimez ce prince , et si dans mes alarmes, Avec quelque pitié vous regardez mes larmes , Sauvez-le , sauvez-moi de ce triste embarras ; Daignez tourner ailleurs ses desseins et ses pas. Pleurante et désolée , empêchez quil me voie.

CQUCT.

Je plains cette douleur où votre âme est en proie.

Et, loin de la gêner d'un regard curieux,

Je baisse devant elle un œil respectueux ;

Mais quel que soit l'ennui dont votre cosuraoupire ,

Je vous ai déjà dit ce que j ai dû vous dire:

Je ne puis rien de plus : le prince est soupçonneux ;

Je lui serais suspect en expliquant vos vteux.

Je sais à quel etxcès irait sa jalousie,

Quel poison mes discours répandraient sur sa vie :

Je vous perdrais peut-être; et mon soin dangereux ,

Madame , avec un mot , ferait trois malheureux.

Vous, à vos intérêts rendez«*vous moins contraire.

Pesez sans passion Vhonneur qu'il veut vous fuira

Moi , libre entre vous deux, souffrez que, dès ce jour,

Oubliant à jamais le langage d'amour,

Tout entier à la guerre, et mutre de mon âme ,

J'abandonne à leur sort et vos voeux et sa flamme.

Je crains de l'alfliger, je crains de vous trahir;

Et ce n'est qu'aux combats que je dois le servir.

ACTSI, SCENE L SS

Laisses^moi d*ui| soldat gardar le caraolàre, Madame ; et puisque enfin U Fraace tous est chère , Rendez-lui oe héros qui serait acm appui : Je TOUS laisse y penser, et je cours près de lui. Adieu, niadwie.

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