ACTE I, SC£>E lil
JOCASTE
.Seigneur, quand le destin , me réservant à vous . Par un coup imprévu m'enleva mon époux; Lorsque, de ses États parcourant les frontières , Ce héros succomba sous des mains meurtrières, Phorbas en ce voyage était seul avec lui ; Phorbas était du roi le conseil et l'appui : Laïus, qui connaissait son zèle et sa prudence, Partageait avec lui le poids de sa puissance. Ce fut lui qui du prince , à ses yeux massacré. Rapporta dans nos murs le corps défiguré : Percé de coups lui-même , il se traînait à peine ; 11 tomba tout sanglant auy genoux de sa reine : . , « Des inconnus , dit-il , ont porté ces grands coups ; « Ils ont devant mes yeux massacré votre époux ; « Ils m'ont laissé mourant , et le pouvoir céleste « De mes jours malheureux a ranimé le reste. 3) Il ne m'en dit pas plus ; et mon cœur agité Voyait fuir loin de lui la triste vérité ; Et peut-être le ciel , que ce grand crime irrite , Déroba le coupable à ma juste poursuite : Peut-être , accomplissant ses décrets éternels , Afin de nous punir, il nous fit criminels. Le sphinx bientôt après désola cette rive ; A ses seules fureurs Thèbes fut attentive : Et l'on ne pouvait guère, en un pareil effroi, Venger la mort d'autrui quand on tremblait pour soi.
Madame , qu'a-t-on fait de ce sujet fidèle?
JOCASTE
.seigneur, on paya mal son service et son zèle.
Tout l'État en secret était son ennemi :
Il était trop puissant pour n'être point haï ;
Et du peuple et des grands la colère insensée
Brûlait de le punir de sa faveur passée.
On l'accusa lui-même , et d'un commun transport
Thèbe entière à grands cris me demanda sa mort :
Et moi, de tous côtés redoutant l'injustice ,
Je tremblai d'ordonner sa grâce ou son supplice.
Dans un château voisin conduit secrètement ,
Je dérobai sa tête à leur emportement.
Là , depuis quatre hivers . ce vieillard vénérable, De la faveur des rois exemple déplorable , Sans s€ plaindre de moi ni du peuple irrité, De sa seule innocence attend sa liberté.
(à sa suite.)
Madame, c'est assez... Courez , que l'on s'empresse; Qu'on ouvre sa prison , qu'il vienne , qu'il paraisse. Moi-même devant vous je veux l'interroger. J'ai tout mon peuplg ..^sf^iible et Laïus à venger. 11 faut tout écouter ; il faut d'un œij stJyAre Sonder la profondeur de ce triste mystère. ■^ 4^^HJ^t vous , dieux des Thébains^djeux qui nous exaucez» Punissez l'assassin^ vous qui le connaissez ! Soleil , cache à ses yeux le jour qui nous éclaire ! Qu'en horreur à ses fils , exécrable à sa mère , Errant, abandonné, proscrit dans l'univers', 11 rassemble sur lui tous les mauTdes enfers ; Et que son corps sanglant , privé de sépulture . Des vautours dévorants devienne la pàtureX,
LE GRA^D l'RÈTP.E.
A ces serments affreux nous nous unissons tous.
Dieux, que le crime seul éprouve enfin vos coups! « Ou si de vos décrets l'éternelle justice Abandonne à mon bras le soin de son supplice. Et si vous êtes las enfin de nous haïr, Donnez , en commandant , le pouvoir d'obéir. Si sur un inconnu vous poursuivez le crime, Aclicvez votre ouvrage et nommez la victime. Vous , retournez au temple; allez, que votre voix Interroge ces dieux une seconde fois ; Que vos vœux parmi nous les forcent à descendre: S'ils ont aimé Laïus, ils vengeront sa cendre; Et, conduisant un roi facile à se tromper, Us marqueront la place où mon bras doit frapper.