NÉRESTAN , CHATILLON
CHATILLON
O brave Nérestan , chevalier généreux ,
Vous qui brisez les fers de tant de malheureux,
Vous, sauveur des chrétiens , qu'un Dieu sauveur envoie,
Paraissez, montrez- vous ! goûtez la douce, joie
De voir nos compagnons , pleurant à vos genoux,
Baiser l'heureuse main qui nous délivre tous.
Aux portes du sérail en foule ils vous demandent ;
Ne privez point leurs yeux du héros qu'ils attendent;
Et qu'unis à jamais sous notre bienfaiteur...
NÉRESTAN
Illustre Châtillon , modérez cet honneur; J'ai rempU d'un Français le devoir ordinaire ; J'ai fait ce qu'à ma place on vous aurait vu faire.
CHATILLON
Sans doute ; et tout chrétien , tout digne chevalier,
Pour sa religion se doit sacrifier ;
Et la félicité des cœurs tels que les nôtres
Consiste à tout quitter pour le bonheur des autres.
Heureux à qui le ciel a donné le pouvoir
De remplir comme vous un si noble devoir!
Pour nous, tristes jouets du sort qui nous opprime^
Nous, malheureux Français , esclaves dans Solyme,
Oubliés dans les fers , où longtemps, sans secours,
Le père d'Orosmane abandonna nos jours,
ïamais nos yeux sans vous ne reverraient la France.
NÉRESTAN
Dieu s'est servi de moi . seigneur : sa providence De ce jeune Orosmane a fléclii la rigueur. Mais quel triste mélange altère ce bonheur! Que de ce fier Soudan la clémence odieuse Répand sur ses bienfaits une amertume affreuse!