‹ ThéatreChapitre 102 sur 520 · NÉRESTAN , CHATILLON · texte numérisé non relu

NÉRESTAN , CHATILLON

CHATILLON

O brave Nérestan , chevalier généreux ,

Vous qui brisez les fers de tant de malheureux,

Vous, sauveur des chrétiens , qu'un Dieu sauveur envoie,

Paraissez, montrez- vous ! goûtez la douce, joie

De voir nos compagnons , pleurant à vos genoux,

Baiser l'heureuse main qui nous délivre tous.

Aux portes du sérail en foule ils vous demandent ;

Ne privez point leurs yeux du héros qu'ils attendent;

Et qu'unis à jamais sous notre bienfaiteur...

NÉRESTAN

Illustre Châtillon , modérez cet honneur; J'ai rempU d'un Français le devoir ordinaire ; J'ai fait ce qu'à ma place on vous aurait vu faire.

CHATILLON

Sans doute ; et tout chrétien , tout digne chevalier,

Pour sa religion se doit sacrifier ;

Et la félicité des cœurs tels que les nôtres

Consiste à tout quitter pour le bonheur des autres.

Heureux à qui le ciel a donné le pouvoir

De remplir comme vous un si noble devoir!

Pour nous, tristes jouets du sort qui nous opprime^

Nous, malheureux Français , esclaves dans Solyme,

Oubliés dans les fers , où longtemps, sans secours,

Le père d'Orosmane abandonna nos jours,

ïamais nos yeux sans vous ne reverraient la France.

NÉRESTAN

Dieu s'est servi de moi . seigneur : sa providence De ce jeune Orosmane a fléclii la rigueur. Mais quel triste mélange altère ce bonheur! Que de ce fier Soudan la clémence odieuse Répand sur ses bienfaits une amertume affreuse!

Page 1