‹ ThéatreChapitre 142 sur 520 · ACTE V, SCÈiNE X. IfW · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈiNE X. IfW

Je venais, dans un cœur trop faible et trop sensible, Rappeler des chrétiens le culte incorruptible. Hélas! elle offensait notre Dieu , notre loi; rj \jj^'

Et ce Dieu la punit d'avoir brûlé pour toi. i

OROSMANE

Zaïre !... Elle m'aimait.? Est-il bien vrai, Fatime? Sa sœur.^.. J'étais aimé,?

FATIME

Cruel ! voilà son crime.

Tigre altéré de sang , tu viens de massacrer Celle qui, malgré soi, constante à t'adorer. Se flattait, espérait que le Dieu de ses pères Recevrait le tribut de ses larmes sincères , Qu'il verrait en pitié cet amour malheureux; Que peut-être il voudrait vous réunir tous deux. Hélas! à cet excès son cœur l'avait trompée ; De cet espoir trop tendre elle était occupée; Tu balançais son Dieu dans son cœur alarmé.

OROSMANE

Tu m'en as dit assez. O ciel ! j'étais aimé ! Va, je n'ai pas besoin d'en savoir davantage...

NÉRESTAN

Cruel ! qu'attends-tu donc pour assouvir ta rage?

11 ne reste que moi de ce sang glorieux

Dont ton père et ton bras ont inondé ces lieux ;

Rejoins un malheureux à sa triste famille ,

Au héros dont tu viens d'assassiner la fille.

Tes tourments sont-ils prêts? Je puis braver tes coups;

Tu m'as fait éprouver le plus cruel de tous.

Mais la soif de mon sang, qui toujours te dévore ,

Permet-elle à l'honneur de te parler encore ?

En m'arrachant le jour, souviens-toi des chrétiens

Dont lu m'avais juré de briser les liens :

Dans sa férocité , ton cœur impitoyable

De ce trait généreux serait-il bien capable ?

Parle; àceprixencorje bénis mon trépas.

OROSMANE, allant vers le corps de Zaïre.

Zaïre !

COR ASM IN.

Hélas ! seigneur, où portez-vous vos pas ? Rentrez : trop de douleur de votre âme s'empare;

190 ZAÏRE

Souffrez que KéresUin...

NÉUESTAN.

Qu'ordonnes-tu , barbare?

or.OSMANE , après une lonj^ue panse.

Qu'on détache ses fers. Écoulez, Corasmin: Que tous ses compagnons soient délivrés soudain. Aux malheureux chrétiens prodiguez mes largesses : Comblés de mes bienfaits, chargés de mes richesses, Jusqu'au port de Joppé vous conduirez leurs pas.

CORASMIN.

Skiais, seigneur...

OROSMAXE.

Obéis , et ne réplique pas ; Vole , et ne trahis point la volonté suprême D'un Soudan qui commande , et d'un ami qui t'aime. Va , ne perds point de temps , sors. Obéis...

( à Nércstan.) Et toi, Guerrier infortuné , mais moins encor que moi , Quitte ces lieux sanglants ; remporte en ta patrie Cet objet que ma rage a privé de la vie. Ton roi , tous tes chrétiens , apprenant tes malheurs , N'en parleront jamais sans répandre des pleurs. Mais si la vérité par toi se fait connaître, En détestant mon crime, on me plaindra peut-être. Porte aux tiens ce poignard , que mon bras égaré A plongé dans un sein qui dut m'être sacré ; Dis-leur que j'ai donné la mort la plus affreuse A la plus digne femme , à la plus vertueuse Dont le ciel ait formé les innocents appas ; Dis-leur qu'à ses genoux j'avais mis mes États; Dis-leur que dans son sang cette main s'est plongée; Dis que je l'adorais , et que je l'ai vengée.

(Il se lue.) (aux siens.) Respectez ce héros , et conduisez ses pas.

NÉRESTAN

Guide-moi, Dieu puissant? je ne me connais pas.

Faut-il qu'à l'admirer ta fureur me contraigne ,

Et que dans mon malheur ce soit moi qui te plaigne!

- FIN DE ZAÏBE.

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