ACTE II, SCÈNE IV
Non , n'iinilons personne , et servons tous d'exemple : C'est nous, braves amis, que l'univers contemple; C'est à nous de répondre à l'admiration Que Rome en expirant conserve à notre nom. Si Caton m'avait cru , plus juste en sa furie, Sur César expirant il eût perdu la vie : Mais il tourna sur soi ses innocentes mains ; Sa mort fut inutile au bonheur des liumains. Faisant tout pour la gloire , il ne fit rien pour Rome ; Et c'est la seule faute où tomba ce grand homme.
CASSIUS
Que veux -tu donc qu'on fasse en un tel désespoir? BRL'TLS, montrant le billet.
Voilà ce qu'on m'écrit, voilà notre devoir.
CASSIC&.
On m'en écrit autant , j*ai reçu ce reproche.
BRUTLS.
C'est trop le mériter.
CIMBER
L'heure fatale approche.
Dans une heure un tyran détruit le nom romain-
Dans une heure à César il faut percer le sein,
c.\ssius.
Ah ! je te reconnais à cette noble audace.
DÉCIME
Ennemi des tyrans , et digne de ta race , Voilà les sentiments que j'avais dans mon (xrar.
CASSIUS
Tu me rends à moi-même, et je t*en dois l'honneur; C'est là ce qu'attendaient ma haine et ma colère De la mâle vertu qui fait ton caractère. C'est Rome qui t'inspire eu des desseins si grands : Ton nom seul est l'arrêt de la mort des tyrans. Lavons, mon cher Brutus, l'opprobre de la terre j Vengeons ce Capitole, au défaut du tonnerre. Toi, Cimber ; toi , Cinna ; vous , Romains indomptés, Avez-vous une autre âme et d'autres volontés.?
CIMBER
Kous pensons comme toi, nous méprisons la vie :
Nous détestons César, nous aimons la patrie ; Nous la vengerons tous : Briilus et Cassius De quiconque est Romain raniment les vertus.
DÉCIME
Nés juges (le l'État , nés les vengeurs du crime, C'est souffrir trop longtemps la main qui nous opprime; Et quand sur un tyran nous suspendons nos coups. Chaque instant qu'il respire est un crime pour nous.
C!MBER.
Admettons-nous quelque autre à ces honneurs suprêmes :
BRllTUS.
Pour venger la patrie il suffit de nous-mêmes. Dolabella, Lépide, Emile, Bibulus, Ou tremblent sous César, ou bien lui sont vendus. Cicéron, qui d'un traître a puni l'insolence. Ne sert la liberté que par son éloquence : Hardi dans le sénat, faible dans le danger, Kait pour haranguer Rome , et non pour la venger, Laissons à l'orateur qui charme sa patrie Le soin de nous louer, quand nous l'aurons servie. Non , ce n'est qu'avec vous que je veux partager Cet immortel honneur et ce pressant danger. Dans une heure au sénat le tyran doit se rendre : Là, je le punirai; là, je le veux surprendre; Là , je veux que ce 1er, enfoncé dans son sein. Venge Caton, Pompée, et le peuple romain. C'est hasarder beaucoup. Ses ardents satellites Partout du Capitole occupent les limites ; Ce peuple mou , volage , et facile à fléchir. Ne sait s'il doit encor l'aimer ou le haïr. Notre mort , mes amis , paraît inévitable ; Mais qu'une telle mort est noble et désirable! Qu'il est beau de périr dans des desseins si grands, De voir couler son sang dans le sang des tyrans ! Qu'avec plaisir alors on voit sa dernière heure! Mourons, braves amis, pourvu que César meure, Et que la liberté, qu'oppriment ses forfaits. Renaisse de sa cendre , et revive à jamais.
CASSlUS.
Ne balançons donc plus , courons au Capitole :
C'est là qu'il nous opprime , et qu'il faut qu'on l'immole.