‹ ThéatreChapitre 19 sur 520 · JOCASTE , ÉGINE · texte numérisé non relu

JOCASTE , ÉGINE

JOCASTE

Oui , j'attends Philoctète , et je veux qu'en ces 'jeux Pour la dernière fois il paraisse à mes yeux.

ÉGlNE.

Madame, vous savez jusqu'à quelle insolence

Le peuple -a de ses cris fait monter la licence :

Ces Thébains , que la mort assiège à tout moment ,

N'attendent leur salut que de son châtiment;

Vieillards, femmes, enfants, que leur malheur accable

Tous sont intéressés à le trouver coupable.

Vous entendez d'ici leurs cris séditieux ;

Ils demandent son sang de la part de nos dieux.

Pourrez-vous résister à tant de violence.^

Pourrez-vous le servir et prendre sa défense?

JOCASTE

Moi ! si je la prendrai ? dussent tous les Thébains Porter jusque sur moi leurs parricides mains,

Sous ces murs tout lumants dussé-je être écrasée,

Je ne trahirai point l'innocence accusée.

Mais une juste crainte occupe mes esprits ;

Mon cœur de ce héros fut aulrefois épris;.

On le sait : on dira que je lui sacrifie

Ma gloire, mes époux , mes dieux , et ma patrie;

Que mon cœur brûle encore.

ÉGINE

Ah ! calmez cet effroi :

Cet amour malheureux n'eut de témoin que moi ; Et jamais...

JOCASTK.

Que dis-tu ? crois-tu qu'une princesse Puisse jamais cacher sa haine ou sa tendresse.^ Des courtisans sur nous les inquiets regards Avec avidité tombent de toutes parts; A tiavers les respects leurs trompeuses souplesses Pénètrent dans nos cœurs , et cherchent nos faiblesses; A leur malignité rien n'échappe et ne fuit; Un seul mot, un soupir, un coup d'œil nous trahit; Tout parle contre nous , jusqu'à notre silence ; Et quand leur artifice et leur persévérance Ont enfin , malgré nous, arraché nos secrets , Alors avec éclat leurs discours indiscrets, Portant sur notre vie une triste lumière, Vont de nos passions remplir la terre entière.

ÉGINE

Eh! qu'avez-vous, madame, à craindre de leurs coups? ()iw\s regards si perçants sont dangereux pour vous.'' Quel secret pénétré peut flétrir votre gloire? Si l'on sait votre amour, on sait votre victoire : On sait que la vertu fut toujours votre appui.

JOCASTE

Et c'est cette vertu qui me trouble aujourd'hui. Peut-être , à m'accuser toujours prompte et sévère, Je porte sur moi-même un regard trop austère ; Peut-être je méjuge avec trop de rigueur : Mais enfin Philoctète a régné sur mou coeurs; — Dans ce cœur malheureux son image est Aiâcée^ La vertu ni le temps ne l'ont point effacée. . -- Que dis-je? je ne sais, quand je sauve ses jours,

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