‹ ThéatreChapitre 21 sur 520 · JOCASTE , PHILOCTÈTE , ÉGINE · texte numérisé non relu

JOCASTE , PHILOCTÈTE , ÉGINE

J0CA.STE

Ah ! prince , vous voici !

Dans le mortel effroi dont mon âme est émue , Je ne m'excuse point de chercher votre vue : Mon devoir, il est vrai , m'ordonne de vous fuir; Je dois vous oublier, et non pas vous trahir : Je crois que vous savez le soit qu'on vous apprête.

i>hiloctî:te.

,Un vain peuple en tumulte a demandé ma tête : Il souffre, il est injuste; il faut lui pardonner.

JOCASTE

Gardez à ses fureurs de vous abandonner. Partez ; de votre sort vous êtes encor maître : Mais ce moment, seigneur, est le dernier peut-être Où je puis vous sauver d'un indigne trépas. Fuyez; et, loin de moi précipitant vos pas, Pour prix de votre vie heureusement sauvée. Oubliez que c't-st moi qui vous l'ai conservée.

l'UlLOCTÈTE.

Daignez" montrer, madame, à mon cœur ^gité

Moins de compassion et plus de fermeté; Préférez , comme moi , mon iionneur à ma vie ; Commandez que je meure , et non pas que]e7uie ; Et ne me forcez point , quand je suis innocent , A devenirxoupable en vous obéissant.

Des biens que m'a ravis la colère céleste , Ma gloire, mon honneur est le seul qui me resle : Ne m'ôtez pas ce bien dont je suis si jaloux , Et ne m'ordonnez pas d'être indigne de vous. J'ai vécu , j'ai rempli ma triste destinée , iNIadame : à votre époux ma parole est donnée ; Quelque indigne soupçon qu'il ait conçu de moi , Je ue sais point encor comme on manque de foi.

JOCASTE

Seigneur , au nom des dieux , au nom de cette flamme Dont la triste Jocaste avait touché votre âme , Si d'une si parfaite et si tendre amitié Vous conservez encoreun reste de pitié, Enfin s'il vous souvient que, prorais l'un à l'autre. Autrefois mon bonheur a dépendu du vôtre , Daignez sauver des jours de gloire environnés , Des jours à qui les miens ont été destinés !

PUILOCTÈTE.

Je vohs les consacrai; je veux que leur carrière De vous, de vos vertus , soit digne tout entière. J'ai vécu loin de vous, mais mon sort est trop beau Si j'emporte, en mourant, votre estime au tombeau. Qui sait même , qui sait si d'un regard propice Le ciel ne verra point ce sanglant sacrifice ? Qui sait si sa clémence , an sein de vos États , Pour ra'immoler à vous n'a point conduit mes pas.^ Peut-être il me devait cette grâce infinie De conserver vos jours aux dépens de ma vie ; Peut-être d'un sang pur il peut se contenter. Et le mien vaut du moins qu'il daigne l'accepter.

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