‹ ThéatreChapitre 212 sur 520 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MONTÈZE, ALZIRE.

ALZIRE

Ail! mon père!

MONTÈZE.

Ma fille, où nous as-tu réduits?

Voilà de ton amour les exécrables fruits. Hélas ! nous demandions la grâce de Zamore ; Alvarez avec moi daignait parler encore : Un soldat à l'instant se présente à nos yeux ; C'était Zamore môme , égaré , furieux ; Par ce déguisement la vue était trompée.

280 ALZJRE.

A peine entre ses mains j'aper.çois une épéc : Entrer, voler vers nous , s'élancer sur Gusman , L'attaquer, le frapper, n'est pour lui qu'un moment. Le sang de ton époux rejaillit sur ton père : Zamore , au même instant dépouillant sa colère , Tombe aux pieds d'Alvarez, et , tranquille et soumis, Lui présentant ce fer teint du sang de son fils : « J'ai fait ce que j'ai dû , j'ai vengé mon injure; « Fais ton devoir, dit-ii , et venge la nature. » Alors il se prosterne , attendant le trépas. Le père tout sanglant se jette entre mes bras ; Tout se réveille, on court, on s'avance, on s'écrie, On vole à ton époux, on rappelle sa vie'; On arrête son sang, on presse le secours De cet art inventé pour conserver nos jours. Tout le peuple à grands cris demande ton sjipplice ; Du meurtre de son maître il te croit la complice.

"' ALZIRE

Vous pourriez...

MONTÈZE.

Non , mon cœur ne t'en soupçonne pas j Non , le tien n'est pas fait pour de tels attentats ; Capable d'une erreur, il ne l'est point d'un crime; Tes yeux s'étaient fermés sur le bord de l'abîme. Je le-soubaite ainsi , je le crois : cependant Ton époux va mourir des coups de ton amant. On va te condamner; tu vas perdre la vie Dans l'horreur du supplice et dans l'ignominie; Et je retourne enfin, par un dernier effort, Demander au conseil et ta grâce et ma mort.

ALZIRE

Ma grâce! à mes tyrans? les prier I vous, mon père.

Osez vivre et m'aimer, c'est ma seule prière.

Je plains Gusman ; son sort a trop de cruauté ;

Et je le plains surtout de l'avoir mérité.

Pour Zamore , il n'a fait que venger son outrage ;

Je ne puis excuser ni blâmer son courage.

J^ijvoulu le sauver, je ne m'en défends pas.

11 mourra... Gardez-vous d'empêcher mon trépas.

MONTÈZE.

O ciel ! inspire-moi, j'implore ta clémence!

(11 sort.)

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