DES ÉDITEURS DE KEHL
On trouvera des détails historiques sur Mahomet dans VJvis de Védileur. On y reconnaît la main de Voltaire. Nous ajouterons ici qu'en I74i Crébillon refusa d'approuver la tragédie de Mahomet; non qu'il aimât les hommes qui avaient intérêt à faire supprimer la pièce, ni même qu'il les craignit, mais uniquement parce qu'on lui avait persuadé que Mahomet était le rival d'^trée. M. d'Alembert fut chargé d'examiner la pièce , et il jugea qu'elle devait être jouée : c'est un de ses premiers droits à la reconnaissance des hommes et à la haine des fanatiques, qui n'ont cessé depuis de le faire déchirer dans des libelles périodiques. La pièce fut jouée alors telle qu'elle est ici. Quelque temps après, les comédiens supprimèrent le délire de Séide, parce qu'il leur paraissait difficile à bien rendre; et la police trouva mauvais que Mahomet dit à Zopire :
Non , mais il faut m'aider à tromper l'univers. En conséquence, on a dit pendant longtemps :
Non , mais il faut m'aider à dompter l'univers, ce qui faisait un sens ridicule.
Le quatrième acte de Mahomet est imité du Marchand de Londres de Lillo ; ou plutôt le moment où Zopire prie pour ses enfants, celui où Zopire mourant les embrasse et leur pardonne, sont imités de la pièce anglaise. Mais qu'un homme qui assassine sans défense un vieillard vertueux et son bienfaiteur soit toujours intéressant et noble, c'est ce qu'on voit dans Maho. met, et qu'on ne voit que dans cette pièce. Le fanatisme est le seul sentiment qui puisse ôter l'horreur d'un tel crime , et la faire tomber tout entière sur les instigateurs,
J'ai cru rendre service aux amateurs des belles-lettres, de pu blier une tragédie du Fanatisme, si défigurée en France paj > Cet Jvis est de Voltaire.
deux éditions subreplices. Je sais très-certainement qu'elle fui composée par l'auteur en 1736, et que dès lors il en envov-, une cop.e au pr nce royal , depuis roi de Prusse, qui cumva
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J'étais à Lille en 1741 , quand Voltaire y vint passer aueirrnp, tisli beaucoup une très-nombreuse akmblée Me gouverne^^^^^
VautZrrT P^^"^""^'^^- "^ jugèrent comme le public!
dans un âge ou les hommes parviennent rarement et où 'on conserve encore plus rarement son esprit et sa délicate se lldU I que la pièce était écrite avec toute la ciLnspection corvenable e qu on ne pouvait éviter plus sagement les écueils du sujet mai; que , pour ce qui regarde la poésie, il y avait encore d s chosi acornger Jesaiseneffet que l'auteur les a retouchL ave^ beaucoup de soin. Ce fut aussi le sentiment d'un homme mi tient le même rang, etqui n'a pas moins de lumières. ^
nrdh'.?J=Tr^^''PP'^"''^ d'ailleurs selon toutes les formes I ord.n.,res , fut représenté à Paris le 9 d'août 1742. II y avait une nge entière remplie des premiers magistrats de cette ville; des
e lomm.r-T-'^''"''"' P'*'^'"^^- ^'^ P«"^è^^"t tous comme es hommes éclaires que j'ai déjà cités.
Il se trouva ^ à cette première représentation quelques personirrpn^'.K fr* ^"^ "^^ '" sentiment unanime. Soit que, dans a rap.dite de la représentation , ils n'eussent pas suivi assez le fil
I . J.?M^°' ' ^'^ ^"'"' ^'''''"^ P^" accoutumés au théâtre , ils irent blesses que Mahomet ordonnât yn meurtre, et se servit
u'hIuCZ: rr'"''-' '"^'^'"^^ un jeune homme u H fait 1 nstrument de son crime. Ces personnes , frappées de -tte atrocité, ne firent pas assez réflexion qu'elle estTnnée
!' Le cardinal de Fleury.
,'ânVst?e"u?"d.nn'''' ^f°"^-'»''^eUaelques hommes aussi me- ' tSfiïf..nf? h''>' "'°""^»« comme scandaleux et im- ■■ re , i^av, M- 'f "' ''"f '' '"''''''' ^' Fleury . premier nu.
f|.Ucû;';;;,a;;urcr! '''"'"' ''''''^'' ^^^ «^"'^^ dcconseiUcr a I V0LT.\IHi:. THÉATRF. 5,5
dans la pièce comme le plus horrible de tom les crimes , et que même il est moralement impossible qu'elle puisse être doanee autrement. En un mot, ils ne virent qu'Un côté; ce qui est la manière la plus ordinaire de se tromper. Ils avaient raison assurément d'être scandalisés, en ne considérant que ce cùté qui les révoltait Un peu plus d'attention les aurait aisément raiiûenes ; mais , dans la première chaleur de leur zèle , ils dirent que la pièce était un ouvrage très -dangereux , faitpour former desRavaillac et des Jacques Clément.
On est bien surpris d'un tel jugement , et ces messieurs 1 ont désavoué sans doute. Ce serait dire qu'Hermione enseigne a assassiner un roi , qu'Electre apprend à tuersa mère, que Cleo- IKitre et Médée montrent à tuer leurs enfants; ce serait dire qu'Harpagon forme des avares ; le Joueur, des joueurs : Tartufe, des hvpocrites. L'injustice même contre Mahomet serait bien plus grande que contre toutes ces pièces ; car le crime dii faux prophète v est mis dans un jour beaucoup plus odieux que ne l'est aucun des vices et des dérèglements que toutes ces pièces représentent. C'est précisément contre les Ravaillac et les Jacques Clément que la pièce est composée ; ce qui a fait dire à un homme de beaucoup d'esprit que, si Mahomet avait été écrit du temp» de Henri HI et de Henri IV , cet ouvrage leur aurait sauvé la vie. Est-il possible qu'on ait pu faire un tel reproche k l'auteur de la Henriade, lui qui a élevé sa voix si souA^nt , dans ce poëme et ailleurs, je ne dis pas seulement contre de tels attend tats , mais contre toutes les maximes qui peuvent y conduire ?
ravoue que plus j'ai lu les ouvrages de cet écrivain , plus je les | ai trouvés caractérisés par l'amour du bien public. Il inspicfi 1 partout l'horreur contre les emportements de la rébellion, d« la persécution et du fanatisme. Y a-t-il un bon citoyen qui n'a*| dopte toutes les maximes de la Henriade ? Ce poëme ne fait-il pas aimer la véritable vertu ? Mahomet me parait écrit entière | ment dans le même esprit, et je suis persuadé que ses pluFl grands ennemis en conviendront.
11 vit bientôt qu'il se formait contre lui unecabale dangereuse les plus ardents avaient parlé à des hommes en place, qui, ne pouvant voir la représentation de la pièce, devaient les en croire.i L'illustre Molière , la gloire de la France . s'étîiit trouvé autrefois à peu près dans le même cas , lorsqu'on joua le Tartufe; il eul ' recours directement à Louis le Grand , dont il était connu e; aimé. L'autorité de ce monarque dissipa bientôt les interpré j f« lations sinistres qu'on donnait au Tartufe. Mais les temps son ) différents ; la protection qu'on accorde à des arts tout nouveau! p ne peut pas être toujours la même après que ces arts ont été culj . tivés. D'ailleurs tel artiste n'est pas à portée d'obtenir cequ'ui; autre a eu aisément. 11 eut fallu des mouvements, des disons
sions un nouvel examen. L'auteur jugea plus à propos de retirer sa pièce lui-même, ^près la troisième représentation, attendant que le temps adoucit quelques esprits prévenus; ce qui ne peut manquer d'arriver dans une nation aussi spirituelle et aussi éclairée que la française '. On mit dans les nouvelles publiques que la tragédie de Mahomet avait été défendue par le gouvernement : je puis assurer qu'il n'y a rien de pte faux- mnseulement il n'y a pas eu le moindre ordre do"ne a ce^.su e , mais il s'en faut beaucoup que les premières têtes de lEt^^, qui virent la représentaUon , aient varie un moment sur la .sa aesse qui règne dans cet ouvrage.
Quelques personnes ayant transcrit à lahàtè plusieurs scènes auxreprésentations, etayant eu un ou deux rôles des acteurs en ont fabriqué les éditions qu'on a faites clandestinement. Il est aie de voir à quel point elles diffèrent du véritable ouvrage aue je donne ici. Cette tragédie est précédée de plusieurs pièces ?nté Lantes, dont une des pius curieuses, à mon gre„ est la ettre que l'auteur écrivît à sa majesté le roi de Prusse, lorsquil repassa par la Hollande, après être allé rendre ses respects a ce Sonarque C'est dans de telles lettres, qui ne sont pas d abord ZSs à être publiques , qu'on voit les véritables sentimen s deThommes.J'e!père qu'elles feront aux vrais philosophes le même plaisir qu'elles m'ont fait.
\ xmsterdam, le 18 de novembre 1742. ^ ^ „ ^r