ACTE I, SCÈ.XE IV
Je ne te nierai point qne ce fier séducteur
N'ait beaucoup de prudence et beaucoup de valeur :
Je connais comme toi les talents de ton maître ;
S'il était vertueux , c'est un héros peut-être :
Mais ce héros , Omar, est un traître , un cruel .
Et de tous les tyrans c'est le plus criminel.
Cesse de m'annoncer sa trompeuse clémence ;
Le grand art qu'il possède est l'art de la vengeance.
Dans le cours de la guerre un funeste destin
Le priva de son fils , que fit périr ma main.
Mon bras perça le fils , ma voix bannit le père;
Ma haine est inflexible , ainsi que sa colère ;
Pour rentrer dans la Mecque, il doit m'exterminer,
Et le juste aux méchants ne doit point pardonner.
OMAR
Eh bien! pour te montrer que .Mahomet pardonne, Pour te faire embrasser l'exemple qu'il te donne , Partage avec lui-même , et donne à tes tribus Les dépouilles des rois que nous avons vaincus. Mels un prix à la paix , mets un prix à Palmire ; ^'os trésors sont à toi,
ZOPIRE
Tu penses me séduire.
Me vendre ici ma honte , et marchander la paix Par ses trésors honteux , le prix de ses forfaits? Tu veux que sous ses lois Palmire se remette ? Elle a trop de vertus pour être sa sujette ; Et je veux l'arracher aux tyrans imposteurs Qui renversent les lois et corrompent les mœurs.
OMAR
Tu me parles toujours comme un juge implacable Qui sur son tribunal intimide un coupable. Pense et parle en ministre ; agis , traite avec moi Comme avec l'envoyé d'un grand homme et d'un roi.
ZOPIRE
Qui l'a fait roi.' qui l'a couronné.'
OMAR
La victoire.
Ménage sa puissance , et respecte sa gloire. Aux noms de conquérant et de triomphateur, Il veut joindre le nom de pacificateur.
Sou armée est encore aux bords du Saïbare ; Des murs où je suis né le siège se prépare; Sauvons , si tu m'en crois , le sang qui va couler : Mahomet veut ici te voir et te parler.
ZOPIRE
Lui? Mahomet?
OMAR
Lui-même; il t'en conjure.
ZOPIRE
Traître!
5i de ces lieux sacrés j'étais l'unique maître, C'est en te punissant que j'aurais répondu.
OMAR
Zopire, j'ai pitié de ta fausse vertu.
Mais puisqu'un vil sénat insolemment partage De ton gouvernement le fragile avantage , Puisqu'il règne avec toi, je cours m'y présenter.
ZOPIRE
Je t'y suis; nous verrons qui l'on doit écouter. Je défendrai mes lois, mes dieux , et ma patrie. Viens-y contre ma voix prêter ta voix impie Au dieu persécuteur, effroi du genre humain , Qu'un fourbe ose annoncer, les armes à la main.
(à Phanor. )
Toi , viens m'aider, Phanor, à repousser un traître Le souffrir parmi nous et l'épargner, c'est l'être. Renversons ses desseins, confondons son orgueil; Préparons son supplice, ou creusons mon cercueil. Je vais , si le sénat m*écoute et me seconde , Délivrer d'un tyran ma patrie et le monde.