‹ ThéatreChapitre 233 sur 520 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Mes maux sont-ils finis ? te revois- je, Séide?

0 charme de ma vie et de tous mes malheurs ! Palmire, unique objet qui m'a coûté des pleurs, Depuis ce jour de sang qu'un ennemi barbare, Près des camps du prophète , aux bords du Saïbare , Vint arracher sa proie à mes bras tout sanglants ; Qu'étendu loin de toi sur des corps expirants , Mes cris malentendus sur cette infâme rive Invoquèrent la mort sourde à ma voix plantive ,

0 ma chère Palmire , en quel gouffre d'horieur Tes périls et ma perte ont abîmé mon cœur !

Que mes feux , que ma crainte-, et mou impatience ,

Accusaient la lenteur des jours de la vengeance!

Que je hâtais l'assaut si longtemps différé ,

Cette heure de carnage , où, de sang enivré,

Je devais de mes mains brûler la ville impie

Où Palmire a pleuré sa liberté ravie !

Enfin de Mahomet les subUmes desseins ,

Que n'ose approfondir l'humble esprit des humauis ,

Ont fait entrer Omar en ce lieu d'esclavage ;

Je l'apprends, et j'y vole. On demande un otage ;

J'entre, je me présente; on accepte ma foi,

Et je me rends captif, ou je meurs avec toi.

PALMIRE

Séide , au moment même , avant que ta présence

Vint de mon désespoir calmer la violence ,

Je me jetais aux pieds de mon fier ravisseur.

Vous voyez , ai-je dit , les secrets de mon cœur :

Ma vie est dans les camps dont vous m'avez tirée;

Rendez-moi le seul bien dont je suis séparée.

Mes pleurs , en lui parlant , ont arrosé ses pieds ;

Ses refus ont saisi mes esprits effrayés.

J'ai senti dans mes yeux la lumière obscurcie :

Mon cœur sans mouvement, sans chaleur, et sans vie,

D'aucune ombre d'espoir n'était plus secouru ;

Tout finissait pour moi, quand Séide a paru.

[ SÉlDE.

j Quel est donc ce mortel insensible à tes larmes ?

i PALMIRE.

1 C'est Zopire ;U semblait touciiéde mes alarmes;

Mais le cruel enfin vient de me déclarer Que des lieux où je suis rien ne peut me tirer.

SÉIDE

Le barbare se trompe; etMaliomet, mon maître, Et l'invincible Omar, et moi-même peut-ête (Car fose me nommer après ces noms fameux , Pardonne à ton amant cet espoir orgueilleux) , Nous briserons ta chaîne, et tarirons tes larmes. Le dieu de Mahomet, protecteur de nos armes, Le dieu dont j'ai porté les sacrés étendards , Le dieu qui deMédine a détruit les remparts. Renversera la Mecque à nos pieds abattue. Omar est dans la ville , et le peuple à sa vue N'a point fait éclater ce trouble et cette horreur Qu'inspire aux ennemis un ennemi vainqueur; Au nom de Mahomet un grand dessein l'amène.

PALMIRE

Mahomet nous chérit ; il briserait ma chaîne , 11 unirait nos cœurs ; nos cœurs lui sont offerts . Mais il est loin de nous , et nous sommes aux fers.

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