ACTE PREMIER
Le théâtre représente un vaste péristyle, au fond duquel est le palais de Sémiramis. Les jardins en terrasse sont élevés audessus du palais. Le temple des mages esta droite, et un mausolée à gauche , orné d'obélisques.
Deux esclaves portent une cassette dans le lointain. ARZACE, MITR.ANE.
ARZACE.
Oui, Mitrane, en secret l'ordre émané du trône Remet entre tes bras Arzace à Babylone. Que la reine, en ces lieux , brillants de sa splendeur, De son puissant génie imprime la grandeur ! Qael art a pu former ces enceintes profondes [)ù l'Euphrate égaré porte en tribut ses ondes; 3e temple, ces jardins dans les airs soutenus ; vaste mausolée oij repose Ninus i'
428 SÉMIRAMIS
Éternels rnouuraents , moins admirables qu'elle! C'est ici qu'à ses pieds Sémiramis m'appelle. Les rois de l'Orient , loin d'elle prosternés , N'ont point eu ces honneurs qui me sont destinés : Je vais dans son éclat voir cette reine heureuse.
MITRANE.
La renommée , Arzace , est souvent bien trompeuse ; Et peut-être avec moi bientôt vous gémirez , Quand vous verrez de près ce que vous admirez.
ARZACE.
Comment?
MITRANE.
Sémiramis , à ses douleurs livrée , Sème ici les chagrins dont elle est dévorée : L'horreur qui l'épouvante est dans tous les esprits. Tantôt remplissant l'air de ses lugubres cris , Tantôt morne , abattue , égarée , interdite , De quelque dieu vengeur évitant la poursuite, Elle tombe à genoux vers ces lieux retirés, A la nuit, au silence, à la mort consacrés ; Séjour où nul mortel n'osa jamais descendre , Où de Ninus, mon maître, on conserve la cendre. Elle approche à pas lents , l'air sombre , intimidé, Et se frappant le sein de ses pleurs inondé. A travers les horreurs d'un silence farouche , Les noms de fils , d'époux , échappent de sa bouche : Elle invoque les dieux ; mais les dieux irrités Ont corrompu le cours de ses prospérités.
ARZACE.
Quelle est d'un tel état l'origine imprévue?
MITRANE.
L'effet en est affreux , la cause est inconnue.
ARZACE.
Et depuis quand les dieux l'accablent-ils ainsi?
MITRANE.
Depuis qu'elle ordonna que vous vinssiez ici.
ARZACE.
Moi?
MITRANE.
Yous : ce fut, seigneur, au milieu de ces fêtes, Quand Babylone en feu célébrait vos conquêtes;