‹ ThéatreChapitre 321 sur 520 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Mes douloureux tourments seront prêts à finir.

OTANE.

kn sein de ces horreurs goûtez donc quelque joie : Espérez dans ces dieux dont le bras se déploie.

SÉM1P.A.MIS.

.\rzace est dans ma cour !... Aii ! je sens qu'à son nom L'horreur de mon forfait trouble moins ma raison.

OTANE.

?erdez-en pour jamais l'importune mémoire ;

3ue de Sémiramis les beaux jours pleins de gloire

îffacent ce moment heureux ou malheureux

}m d'un fatal hymen brisa le joug affreux.

'ïinus , en vous chassant de son lit et du trône ,

2n vous perdant , madame , eut perdu Babylone.

'our le bien des mortels vous prévîntes ses coups;

îabylone et la terre avaient besoin de vous :

it quinze ans de vertus et de travaux utiles ,

jes arides déserts par vous rendus fertiles ,

j€S sauvages humains soumis au frein des lois,

jCS arts dans nos cités naissant à votre voix ,

3es hardis monuments que l'univers admire,

jBS acclamations de ce puissant empire ,

tont autant de témoins dont le cri glorieux

L déposé pour vous au tribunal des dieux.

^nfin , si leur justice emportait la balance ,

i la mort de Ninus excitait leur vengeance,

)'où vient qu'Assur ici brave en paix leur courroux .^

issur fut en effet plus coupable que vous;

a main, qui prépara le breuvage homicide,

(e tremble point pourtant, et rien ne l'intimide.

SÉMIR\MIS.

los destins , nos devoirs étaient trop différents : *Ids les nœuds sont sacrés, plus les crimes sont grands. 'étais épouse . Otane , et je suis sans excuse ; >evant les dieux vengeurs mon désespoir m'accuse, 'avais cru que ces dieux , justement offensés , iln m'arrachant mon fils , m'avaient punie assez : iue tant d'heureux travaux rendaient mon diadème, iinsi qu'au monde entier, respectable au (-ici même : lais dppuis quelques mois ce spectre furieux ieiit affliger monco'ur, mon oreille, mes yeux.

4o8 SEMlRAMIS.

Je me traîne à la tombe , où je ne puis descendre ;

J'y révère de loin cette fatale cendre,

Je l'invoque en tremblant : des sons, des cris affreux,

De longs gémissements répondent à mes vœux.

D'un grand événement je me vois avertie,

Et peut-être il est temps que le crime s'expie.

OTANE.

Mais est-il assuré que ce spectre fatal

Soit en effet sorti du séjour infernal.^

Souvent de ces erreurs notre âme est obsédée;

De son ouvrage même elle est intimidée,

Croit voir ce qu'elle craint; et, dans l'horreur des nuits.

Voit enfin les objets qu'elle-même a produits.

SÉMIRAMIS

Je l'ai vu : ce n'est point une erreur passagère Qu'enfante du sommeil la vapeur mensongère ; Le sommeil , à mes yeux refusant ses douceurs , N'a point sur mes esprits répandu ses erreurs. Je veillais , je pensais au sort qui me menace. Lorsqu'au bord de mon lit j'entends nommer Arzace. Ce nom me rassurait : tu sais quel est mon cœur; Assur depuis un temps l'a pénétré d'horreur. Je frémis quand il faut ménager mon complice : Rougir devant ses yeux est mon premier supplice, Et je déteste en lui cet avantage affreux Que lui donne un forfait qui nous unit tous deux. Je voudrais... mais faut-il, dans l'état qui m'opprime. Par un crime nouveau punir sur lui mon crime .^ Je demandais Arzace , afin de l'opposer Au complice odieux qui pense m'imposer ; Je m'occupais d'Arzace, et j'étais moins troublée. Dans ces moments de paix , qui m'avaient consolée , Ce ministre de mort a reparu soudain , Tout dégouttant de sang , et le glaive à la main : Je crois le voir encor, je crois encor.l'entendre. Vient-il pour me punir? vient-il pour me défendre? Arzace au moment même arrivait dans ma cour ; Le ciel à mon repos a réservé ce jour : Cependant, tout en proie au trouble qui me tue, La paix ne rentre point dans mon âme abattue; Je passe à tout moment de l'espoir à l'effroi.

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