ACTE V, SCÈNE m
On parle de punir le vengeur des Romains.
CLODILS.
>os égaux , après tout , que vous deviez entendre, Par VOUS seul condamnés , n'ayant pu se défendre . Semblent autoriser...
CICÉRON
Clodius, arrêtez; Renfermez votre envie et ^os lémérités; Ma puissance absolue est de peu de durée ; Mais tant qu'elle subsiste, elle sera sacrée. Vous aurez tout le temps de me persécuter; Mais quand le péril dure , il faut me respecter. Je connais l'inconstance aux humains ordinaire ; J'attends sans m'ébranler les retours du vulgaire. Scipion , accusé sur des prétextes vains , Remercia les dieux , et quitta les Romains. Je puis en quelque chose imiter ce grand homme : Je rendrai grâce au ciel , et resterai dans Rome. A l'État malgré vous j'ai consacré mes jours ; Et. toujours envié, je servirai toujours.
CATON
Permettez que dans Rome encor je me présente ; Que j'aille intimider une foule insoknte ; Que je vole au rempart; que du moins mon aspect Contienne encor César, qui m'est toujours suspect. Et si dans ce grand jour la fortune contraire...
CICÉUOX.
Catou, votre présence est ici nécessaire Mes ordres sont donnés , César est au combat ; Caton de la vertu doit l'exemple au sénat; 11 en doit soutenir la grandeur expirante. Restez... Je vois César, et Rome est triomphante.
(11 court au-dcvaul de César.) Ah ! c'est donc par vos mains que l'État soutenu...
CÉSAR
■ l'ai servi peut-être , et vous m'aviez connu. . ëtréius est couvert d'une immortelle gloire ; Le courage et l'adresse ont fixé la victoire. Nous n'avons combattu sous ce sacré rempart Que pour ne rien laisser au pouvoir du hasard , Que pour mieux enflammer des âmes héroïques,
VOLTAIRE. TIIFATRF.
A J'aspect imposant de leurs dieux domestiques.
Métcllus, Muréna, les braves Scipions, Ont soutenu le poids de leurs augustes noms. Jls ont aux yeux de Rome étalé le courage Qui subjugua l'Asie , et détruisit Carthage. Tous sont de la patrie et l'honneur et l'appui. Permettez que César ne parle point de lui. Les soldats de Sylla, renversés sur la terre, Semblent braver la mort, et délier la guerre. De tant de nations ces tristes conquérants Menacent Rome encor de leurs yeux expirants. Si de pareils guerriers la valeur nous seconde. Nous mettrons sous nos lois ce qui reste du monde. Mais il est, grâce au ciel, encor de plus grands cœurs. Des héros plus choisis; et ce sont leurs vainqueurs. Catilina, terrible au miUeudu carnage, Entouré d'ennemis immolés à sa rage, Sanglant, couvert de traits, et combattant toujours , Dans nos rangs éclaircis a terminé ses jours. Sur dos morts entassés l'effroi de Rome expire. Romain je le condamne , et soldat je l'admire. J'aimai Catilina; mais vous voyez mon cœur : Jugez si l'amitié l'emporte sur l'honneur.
CICÉRON
Tu n'as point démenti mes vœux et mon estime. Va , conserve à jamais cet esprit magnanime. Que Rome admire en toi son éternel soutien ! Grands dieux , que ce héros soit toujours citoyen ! Dieux , ne corrompez pas cette âme généreuse , El que tant de vertu ne soit pas dangereuse!
FIi\ DE ROME SAUVEE,