‹ ThéatreChapitre 419 sur 520 · A. MONSEIGNEUR LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

A. MONSEIGNEUR LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU

PAIR DE FRANCE, PREMIER GENTILHOMME DE LA. CHAMBRE DU ROI, COMMANDANT EN LANGUEDOC, L'UN DES QUARANTE DE

l'académie.

Je voudrais , monseigneur, vous présenter de beau marbre comme les Génois , et je n'ai que des ligures chinoises à vous offrir. Ce petit ouvrage ne parait pas fait pour vous; il n'y a aucun héros, dans cette pièce, qui ait réuni tous les suffrages par les agréments de sou esprit , ni qui ait soutenu une république prête à succomber, ni qui ait imaginé de renverser une colonne anglaise avec quatre canons. Je sens mieux que personne le peu que je vous offre ; mais tout se pardonne à un attachement de quarante années. On dira peut-être qu'au pied des Alpes, et vis-à-vis des neiges éternelles où je me suis retiré, et où je devais n'être que philosophe , j'ai succombé à la vanité d'imprimer que ce qu'il y a eu de plus brillant sur les bords de la Seine ne m'a jamais oublié. Cependant je n'ai jamais consulté que mon cœur; il me conduit seul : il a toujours inspiré mes actions et mes paroles : il se trompe quelquefois, vous le savez; mais ce n'est pas après des épreuves si longues. Permettez donc que, si cette faible tragédie peut durer quelque temps après moi, on sache que l'auteur ne vous a pas été indifférent; permettez qu'on apprenne que, si votre oncle fonda les beaux-arts en France, vous les avez soutenus dans leur décadence.

L'idée de celte tragédie me vint, il y a quelque temps, à la lecture de l'Orphelin de Tchao, tragédie chinoise, traduite par le P. Prémare, qu'on trouve dans le recueil que le P. du Halde adonné au public. Cette pièce chinoise fut composée au qua« lorzième siècle, sous la dynastie même de Gengis-kan : c'est une nouvelle preuve que les vainqueurs tartares ne changèrent point les mœurs de la nation vaincue; ils protégèrent tous les arts établis à la Chine : ils adoptèrent toutes ses lois.

Voilà un grand exemple de la supériorité naturelle que donnent la raison et le génie sur la force aveugle et barbare; et les Tartares ont deux fois donné cet exemple ; car, lorsqu'ils ont

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