‹ ThéatreChapitre 448 sur 520 · IDA.WÉ · texte numérisé non relu

IDA.WÉ

Eh bien ! mon fils l'emporte : et si, dans mon malheur, L'aveu que la nature arrache à ma douleur Est encore à vos yeux une offense nouvelle, S'il faut toujours du sang à votre àme cruelle, Frappez ce triste cœur qui cède à son effroi , Et sauvez un mortel plus généreux que moi. Seigneur , il est trop vrai que notre auguste maître , Qui , sans vos seuls exploits, n'eût point cessé de l'être,

A remis à mes mains , aux mains de mon époux,

Ce dépôt respectable à tout autre qu'à vous.

Seigneur, assez d'iiorreurs suivaient votre victoire,

Assez de cruautés ternissaient tant de gloire ;

Dans des fleuves de sang tant d'innocents plongés ,

L'empereur et sa femme, et cinq fils égorgés,

Le fer de tous côtés dévastant cet empire,

Tous ces champs de carnage auraient dû vous suffire.

Un barbare en ces lieux est venu demander

Ce dépôt précieux que j'aurais dû garder,

Le fils de tant de rois , notre unique espérance.

A cet ordre terrible , à cette violence ,

Mon époux , inflexible en sa fidélité ,

N'a vu que son devoir, et n'a point hésité :

Il a livré son fils. La nature outragée

Vainement déchirait son âme partagée;

Il imposait silence à ses cris douloureux.

Vous deviez ignorer ce sacrifice affreux.

J'ai dû plus respecter sa fermeté sévère ;

Je devais l'imiter : mais enfin je suis mère ;

Mon âme est au-dessous d'un si cruel effort :

Je n'ai pu de mon fils consentir à la mort.

Hélas ! au désespoir que j'ai trop fait paraître.

Une mère aisément pouvait se reconnaître.

Voyez de cet enfant le père confondu ,

Qui ne vous a tralii qu'à force de vertu :

L'un n'attend son salut que de son innocence ;

Et l'autre est respectable alors qu'il vous offense.

Ne punissez que moi, qui trahis à la fois

Et l'époux que j'admire , et le sang de mes rois.

Digne époux ! digne objet de toute ma tendresse!

La pitié maternelle est ma seule faiblesse :

Mon sort suivra le tien ; je meurs , si tu péris ;

Pardonne-moi du moins d'avoir sauvé ton fils î

ZAMTl.

Je t'ai tout pardonné, je n'ai plus à me plaindre. Pour le sang de mon roi je n'ai plus rien à craindre ; Ses jours sont assurés.

GENGIS

Traître , ils ne le sont pas :

Va réparer ton crime , ou subir le trépas.

Page 1