SCÈNE II
AMÉNAIDE, FANIE, sur le devant; ARGIRE , LES CHEVALIERS , au fond.
ARGIRE.
Chevaliers... je succombe à cet excès d'horreur. Ah! j'espérais du moins mourir sans déshonneur. (à sa fille , avec des sanijlots mêles de colère.)
Retirez-vous... sortez...
AMÉNAÏDE
Qu'en tends-je? vous, mon père!
ARGIRE.
Moi, ton père! est-ce à toi de prononcer ce nom, Quand tu trahis ton sang , ton pays, ta maison ?
AMÉNAÏDE, faisant un pas, appuyée sur Fanie.
Je suis perdue!...
618 TANCREDE
ARGIRE.
Arrête... Ah, trop chère victime, Qn'as-tu fait ?
AMÉNAÏDE , pleurant.
Nos malheurs...
ARGIRE.
Pleures-tu sur ton crime?
AMÉNAÏDE
Je n'en ai point commis.
ARGIRE.
Quoi ! tu démens ton sein^ ?
AMÉNAÏDE
Non...
ARGIRE.
Tu vois que le crime est écrit de ta main. Tout sert à m'accabler, tout sert à te confondre. Ma fille !... Il est donc vrai.?... tu n'oses me répondre. Laisse au moins dans le doute un père au désespoir. J'ai vécu trop longtemps... Qu'as-tu fait?...
Mon devoir.
Aviez- vous fait le vôtre ?
ARGIRE.
Ah ! c'en est trop , cruelle :
Oses-tu te vanter d'être si criminelle ? Laisse-moi, malheureuse; ôte-toi de ces lieux : Va , sors... une autre main saura fermer mes yeux.
AMÉNAÏDE sort presque évanouie entre les bras de Fanie.
Je me meurs.