SCÈNE III
AROIN'S, ALBIN,
(qui sont supposés être entrés de la salle d'audience dans un autre appartement de la maison de Brutus. )
As-tu bien remarqué cet orgueil inflexible, Cet esprit d'un sénat qui se croit invincible? Il le serait, Albin , si Rome avait le temps D'affermir cette audace au cœur de ses enfants. Crois-moi, la liberté, que tout mortel adore, Que je veux leur ôter, mais que j'admire encore. Donne à l'homme un courage , inspire une grandeur. Qu'il n'eût jamais trouvés dans le fond de son cœur. Sous le joug des Tarquins , la cour et l'esclavage Amollissaient leurs mœurs , énervaient leur courage ; Leurs rois, trop occupés à dompter leurs sujets, De nos heureux Toscans ne troublaient point la paix : Mais si ce fier sénat réveille leur génie , Si Rome est Hbre, Albin, c'est fait de l'Italie. Ces lions, que leur maître avait rendus plus doux Vont reprendre leur rage et s'élancer sur nous. Étouffons dans leur sang la semence féconde Des maux de l'Itali*^ et des troubles du monde ; Affranchissons la terre, et donnons aux Romains Ces fers qu'ils destinaient au reste des humains. Messala viendra-t-il? Pourrai-je ici l'entendre? Osera- t-il ?
ALBII^.
Seigneur, il doit ici se rendre; ^ toute heure il y vient : Titus est son appui.
ARONS
As-tu pu lui parler? puis-je compter sur lui?
ALBIN
Seigneur, ou je me trompe , ou Messala conspire Pour changer ses destins pluscpie ceux de l'empire : Il est ferme, intrépide, autant ([ue si l'honneur Du l'amour du pays excitait sa valeur; Maître de sou secret, et maître de lui-mônie, mpénélrable, et calme en sa fureur extrême.
80 CRUTUS.
ARONS
TeJ autrefois tlans Rome il parut à mes yeux , Lorsque Tarquin régnant me reçut dans ces lieux ; tt ses lettres depuis... Mais je le vois paraître.