ACTE llï, SCÈNE VI
Frappe/ ; mais écoutez , sachez tout mon malheur : Qui va répondre à Dieu parle aux hommes sans peur. Et vous, mon père, et vous, témoin de mon supplice Qui ne deviez pas l'être , et de qui la justice
(apercevant Tancrède.)
Aurait pu... Ciel ! ô ciel! qui vois-je à ses côtés? Est-ce lui.^... je me meurs.
(Elle tombe évanouie entre les gardes.) TANCRÈDE.
Ah ! ma seule présence Est pour elle un reproche! il nïmporte... Arrêtez, Ministres de la mort, suspendez la vengeance; Arrêtez, citoyens, j'entreprends sa défense. Je suis son chevalier : ce père infortuné. Prêt à mourir comme elle , et non moins condanmé , Daigne avouer mon bras , propice à l'innocence. Que la seule valeur rende ici des arrêts; Des dignes chevaliers c'est le plus beau partage : Que l'on ouvre la Hce à l'honneur, au courage; Que les juges du camp fassent tous les apprêts. Toi , superbe Orbassan , c'est toi que je défie; Viens mourir de mes mains, ou m'arracher la vie; Tes exploits et ton nom ne sont pas sans éclat ; Tu commandes ici , je veux t'en croire digne : Je jette devant toi le gage du combat.
(Il jette son gantelet sur la scène.) L'oses-tu relever?
ORBASSAN
Ton arrogance insigne iVe mériterait pas qu'on te lit cet honneur :
(11 fait signe à son ccuyer de ramasser le gage de h'ilaille.)
Je le fais à moi-même; çt, consultant mon cœur, Respectant ce vieillard qui daigne ici t'ad mettre , Je veux bien avec toi descendre à me commettre, Et daigner te punir de m'oser défier.
Quel est ton rang , ton nom ? ce simple bouclier Semble nous annoncer peu de maïques de gloire.
Peut-être il en aura des mains de la victoire. Pour mou nom , je le lais , et tel est UKtn dessein; Mais je te l'apprendrai les armes h la main.
636 TANCREDE
Marchons.
ORBASSAN
Qu*à l'instant même on ouvre la barrière ; Qu' Aménaïde ici ne soit plus prisonnière , Jusqu'à l'événement de ce léger combat.
Vous, sachez, compagnons , qu'en quittant la carrière, Je marche à votre tête , et je défends l'État. D'un combat singulier la gloire est périssable; Mais servir la patrie est l'honneur véritable.
TANCRÈnE.
Viens; et vous, chevaliers, j'espère qu'aujourd'hui L'État sera sauvé par d'autres que par lui.