SECOND PERSONNAGE
?<w Frappez , dieux tout- puissants; vos victimes sont prêtes : O monts, écrasez-nous... Cieux, tombez sur nos têtes! O mort, nous implorons ton funeste secours ! O mort , viens nous sauver, viens terminer nos jours !
LE GRAND PRÊTRE
Cessez, et retenez ces clameurs lamentables, Faible soulagement aux maux des misérables. f Fléchissons sous un dieu qui veut nous éprouver. Qui d'un mot peut nous perdre , et d'un mot nous sauver. 11 sait que dans ces murs la mort nous environne, Et les cris des Thébains sont montés vers son trône! Le roi vient. Par ma voix le ciel va lui parler ; Les destins à ses yeux veulent se dévoiler. Les temps sont arrivés ; cette grande journée Va du peuple et du roi changer la destinée,
œ:dipe, jocaste, le grand prêtre, égine,
DIMAS, ARASPE, le choeur.
Peuple, qui, dans ce temple apportant vos douleurs,
Présentez à nos dieux des offrandes de pleurs,
Que ne puis-je , sur moi détournant leurs vengeances.
De la mort qui vous suit étouffer les semences !
Mais un roi n'est qu'un homme en ce connnun danger,
Et tout ce qu'il peut fairQ est de le partager.
(au grand prêtre.)
Vous, mhiistre des dieux que dans Thèbe on adore,
Dédaignent-ils toujours la voix (|ui les implore.'
Verront-ils sans pitié finir nos tristes jours.' .
t Ces maîtres des humains sont-ils nmets et sourds.' '
LE GRAND J'IlT^TRE.
Roi, peuple, écoutez-moi. Cette nuit, à ma vue, Du ciel sur nos autels la flamme est descendue; L'ombredu grand Laïus a paru parmi nou.-s ,
Terrible , et resinrant la haine et le courroux.
Une effrayante voix s'est fait alors entendre : ^.^•'■^
« Les Thébains de Laïus n'ont point vengé la cendre j ""
« Le meurtrier du roi respire en ces États,
« Et de son souffle impur infecte vos climats.
« Il faut qu'on le connaisse , il faut qu'on le punisse.
« Peuple , votre salut dépend de son supplice. »-
Thébains, je l'avouerai , vous souffrez justement D'un crime inexcusable un rude châtiment. Lanis vous était cher, et votre négligence De ses mânes sacrés a trahi la vengeance. Tel est souvent le sort des plus justes des rois * ! Tant qu'ils sont sur la terre on respecte leurs lois, On porte jusqu'aux ci«ux leur justice suprême; Adorés de leur peuple , ils sont des dieux eux-même : Mai.:, a[)rès leur trépas que sont-ils à vos yeux ? Vous éteignez l'encens que vous brûliez pour eux; Et , comme à l'intérêt l'âme humaine est liée , La ^ ertu qui n'est plus est bientôt oubliée. X Ainsi , du ciel vengeur implorant le courroux , Le sang de votre roi s'élève contre vous. Apaisons son murmure, et qu'au lieu d'hécatombe Le sang du meurtrier soit versé sur sa tombe. A chercher le coupable appliquons tous nos soins. Quoi! de la mort du roi n'a-t-on pas de témoins? Et n'a-t-on jamais pu , parmi tant de prodiges. De ce crime impuni retrouver les vestiges ? On m'avait toujours dit que ce fut un Thébain Qui leva sur son prince une coupable main.
(à Jocaste.) Pour moi, qui, de vos mains recevant sa couronne , Deux ans après sa mort ai monté sur son trône, Madame, jusqu'ici, resi)ectant vos douleurs, Je n'ai point rappelé le sujet de vos pleurs ; Et, de vos seuls périls chaque jour alarmée, Mon âme à d'autres soins semblait être fermée.
» Aux premières.représentations , on appliqua ces vers à Louis XIV, dont la mémoire avait été outragée avec fureur par les Parisiens, mais que déjà ils commençaient à regretter. (K.)