CHAPITRE XV. LES GRANDS MAITRES AU TRAVAIL
sont l’œuvre du même artiste (fig. 189). Il faudrait également démontrer qu’il était d’usage de recourir à un artiste réputé pour faire dans une tombe les figures essentelles, les autres étant laissées à des décorateurs faisant de bon travail courant.
En tout cas, à plusieurs périodes, on devait citer LcHessour telles. scènes comme des modèles, puisqu'on allait les copier pour s’en servir dans la décoration d’autres monuments. C’est ainsi que l’on constatera plusieurs . fois que des carreaux ont été dessinés sur des scè- . nes peintes. Quelle autre explication donner, sinon qu’on est venu faire soigneusement le relevé de ces scènes? Après des périodes de décadence, lorsque les rois voulaient restaurer les bonnes traditions artistiques, ils se livraient à des enquêtes méthodiques dans les bibliothèques sacerdotales. Tous ceux qui connaissent l’art de l’Ancien Empire n’hésiteront pas . à retrouver dans les porteurs d’offrandes de la chapelle funéraire d’Hat- shepsout, au Sud de la
TOMBEAU DE REKHMARA. Les sculpteurs au travail.
(Phot. W. Wreszinski.)
terrasse supérieure de Deir el Bahari, des décalques fidèles d’une procession d’un temple ou d’un tombeau memphite (fig. 191). Les titres que portent les serviteurs appartiennent à l’Ancien Empire. C’est de la même époque que date le prototype de la scène de boucherie que l’on voit sur un autre mur de cette salle. Les inscriptions sont un peu plus copieuses et relatent les propos qu’échangent les ouvriers pendant leur travail. Erman a découvert que les décorateurs de la tombe de Mentouemhet (n° 34), de la xxve dynastie, avaient copié cette scène et que personne n’avait songé à corriger quelques fautes d’orthographe qui se trouvaient dans le prototype.
Il est extrêmement important de constater que le temple d’Hatshepsout, au commencement de la xvirIe dynastie, avait été décoré sous l’inspiration d'œuvres de l’époque des pyramides et qu’on venait y chercher des modèles à peu près au moment où, au vie siècle, l'Egypte s ’ouvrait :
aux Grecs. #3 Davies a même trouvé un cas TS singulier : la tombe d’un personnage du nom de Aba (n° 36), qui vivait à la xxvi® dynastie sous le règne de Psammétique Ie", est décorée de scènes qui ont été copiées, très maladroitement d’ailleurs, dans la nécropole de Deir el Gebrawi, de la chapelle funéraire d’un autre Aba contemporain de la vie dynastie. Davies fait remarquer qu l y avait entre les deux une distance d one plus grande qu’entre Psammétique et nous. - On voudrait connaître quelques traits de la vie des sculpteurs et des DétiEr du Nouvel Empire ou seulement leurs noms. Or, c’est tout au plus si, de temps à autre, on relève dans les inscriptions les titres de dessinateurs, peintres et chefs de sculpteurs. Presque jamais, semble-t-il, un artiste n’a cherché, par l’apposition de son nom, à réclamer la paternité d’une œuvre. La consécration
FIG. 189. (Phot. W. Wreszinski.) TOMBEAU DE KENAMON. Musicienne.
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FIG. 191. (Phot. J. Capart.) DEIR EL BAHARI.
Porteur d’offrande d’ancien style.
du travail artistique, telle que nous la connaissons dans nos civilisations, n’existait guère.
Peintres et sculpteurs étaient de bons ouvriers Qui exéCUtaient le travail commandé avec une habileté merveilleuse, mais sans aucune prétention à ne pro-
duire que des chefs-
d'œuvre.
Quelques tombeaux nous les montrent au travail, chacun à son métier, dans les ateliers du temple d’'Amon.
Chez Rekhmara, les uns gravent les inscriptions sur de grandes statues que
d’autres ouvriers
polissent (fig. 188).
Nefer-Renpet (tom-
be n° 178) etant.
chargé de la surveillance des ateliers du
temple d’Amon. Nous le voyons occupé à donner ses instructions à son personnel. Dans une petite chambre, un peintre met la dernière main à son œuvre. Dans une autre salle, un chef sculpteur taille une statue de bois. Comme il ne s’agit pas de statues divines, mais plutôt de pièces d’un mobilier funéraire, on pourrait déduire de cette représentation que c'était dans le temple que se fabri-
quaient les statues destinées au tombeau.
Chez Ipouy (n° 217) on'assiste”a#la préparation HE mobilier funéraire
particulièrement riche (fig. 187). Un peintre achève un masque de momie,
des menuisiers font des meubles, des caisses de momie, etc. Au-dessous, on a représenté les travaux d’achèvement d’un tabernacle à colonnes, orné