CHAPITRE XV. LES GRANDS MAITRES AU TRAVAIL
d’incrustations et de figures. À côté, on travaille à un grand catafalque richement orné.
Ce n’était pas chose aisée que de maintenir dans tous ces ateliers les bonnes traditions, et celui qui compare les monuments, d’époques même très proches, serait tenté de dire que la conservation de la saine doctrine artistique exigeait des rois autant de vigilance qu’il en fallut aux chefs d'Israël pour maintenir dans le peuple la pureté du culte. À quelques pas de distance, dans un même temple, 1l y a autant de différence dans la qualité des reliefs que nous en relevions à Louxor, entre les colonnes papyriformes d’Aménophis III et celles de Ramsès II. Il suffit pour s’en convaincre, de comparer le triomphal Thoutmès III, au vire pylône, avec le Meneptah du mur Est de la cour qui suit le pylône vers le Nord.
La décadence est plus accentuée encore au grand pylône de Medinet Habou. Et cependant, ici, les sculpteurs ont soigné le travail, car il s’agissait de la façade du monument. Dans le fond du temple, après avoir traversé les vestiges de la salle hypostyle, on entre dans les petites chambres consacrées au culte du roi. Les bas-reliefs qui montrent Ramsès III dans les champs d’Ialou sont d’une exécution lamentable et il semble qu’il n’y ait plus moyen de tomber plus bas.
On pourrait croire que les sculpteurs de l’époque gréco-romaine ont pensé rénover l’art du bas-relief égyptien en y introduisant une accentuation où l’on doit bien reconnaître l’influence des reliefs classiques. Ceux qui ont réussi à comprendre la perfection des anciennes époques ne peuvent plus supporter les figures ridicules, prétentieuses, grotesques même des temples de basse époque. Qu'on aille voir, dans une des chapelles de Deir el Medineh, la scène de la pesée de l’âme et l’on sera édifié (fig. 190). Malheureusement, il y a en Egypte beaucoup plus de reliefs de ce genre dans les grands temples d’Edfou, de Denderah, d’Esneh, de Kom-Ombo et de Philae que de fins reliefs de la xvirre dynastie. Ces kilomètres carrés d’œuvres lourdes et sans esprit imposent aux visiteurs inattentifs une conception complètement fausse de l’art égyptien. Un réel effort est nécessaire pour se débarrasser de l’obsession ; mais cet effort est amplement récompensé, car il permet de saisir une des réalisations les plus parfaites de la beauté que l’humanité ait connue.
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