‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 110 sur 137 · CHAPITRE XVI. LES SIMPLES MORTELS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. LES SIMPLES MORTELS

nage des grains, se trouve un objet bizarre, plus ou moins en forme de croissant, terminé parfois à la partie inférieure par quelques épis (fig. 207 et 209). À côté se trouvaient placées des offrandes. Davies avait fait preuve de grande Sagacité En soupçonnant que cet objet devait être en relation avec la déesse du grain. Miss Blackman, au cours de ses recherches sur l’ethnographie

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FiG.208. | (Aquar. F.S. Unwin.) TOMBEAU DE NAKHT. Vendanges. Capture et préparation des oiseaux.

moderne de l'Egypte, a eu la surprise de découvrir, suspendu dans un grenier à Illahoun, l’objet figuré dans les tombeaux de la xviri® dynastie. C’est une sorte de petite poupée faite des derniers épis récoltés et qu’on garde jusqu’à la saison suivante. On l’appelle en arabe «aruseh », ce qui veut dire « la fiancée ». Cela fait rentrer le rite ancien dans la série nombreuse des cérémonies agraires

bien connues en Europe. Miss Blackman a pu retrouver des petites poupées

semblables dans l’île de Chypre et au Monténégro jusqu’à l’époque moderne. On voit comment ces vieilles coutumes, que nous pouvons surprendre grâce aux documents des tombes thébaines, ont rayonné dans l’ancien monde et se sont maintenues, à peine modifiées, jusqu’à nos jours.

Combien de survivances ne trouverait-on pas dans les techniques, dans les formes des outils, si l’on se mettait à l’étude attentive de la représentation des métiers. Par exemple, dans un tombeau comme celui de Rekhmara (le vizir avait sous sa surveillance tous les ateliers d’Amon), on peut voir toutes les caté-

gories d'ouvriers : briquetiers, forgerons, orfèvres, menuisiers, charpentiers,

corroyeurs, MetCr, tous figurés avec une extrême minutie de détails. Aulleurs, dans la tombe d’Antefoker (n° 60) ce sont les bouchers, les brasseurs, les boulangers et les pâtissiers que nous surprenons en plein travail (fig. 210).

Souvent, les figures sont accompa- FIG. 209. (Phot. W. Wreszinski.) TOMBEAU DE RADJESERKASENB. SES . pets

« La fiancée du blé. » Inscriptions qui,

non seulement 1n-

diquent clairement l’action représentée, mais parfois notent les paroles

prononcées par les acteurs de la scène. On ne recule même pas devant des

dialogues en langue verte. Chez Antefoker, un gamin s'approche d’un

boulanger occupé à passer la pâte dans un tamis et lui dit : « Donne-moi un

peu de levure, j j’ai faim », et l’autre de répondre : «Que l’hippopotame t’emporte,

toi et ta mère ; tu manges plus qu’un laboureur royal en plein travail ; tu es plein à craquer. »

Dans cette tombe d’Antefoker, qui date du Moyen Empire, on a relevé sur les murs des inscriptions laissées par des scribes qui, venant la visiter bien des siècles plus tard, manifestaient leur satisfaction. Les uns se contentent de dire qu’ils y ont trouvé un plaisir extrême, d’autres vont jusqu’à la comparer aux splendeurs célestes. Lorsqu'ils portaient leurs regards sur les scènes de métiers, ils devaient certainement se souvenir de quelques strophes qu’on leur avait fait copier à l’école et qui vantaient le scribe en l’opposant aux gens de métier. Ce texte classique de la littérature égyptienne pourrait servir de commentaire aux scènes dont nous venons de parler. Quelques passages de cette complainte des métiers ne seront pas déplacés dans notre étude des petites gens :

« Je n’ai jamais vu forgeron en ambassade — ni fondeur en mission, — mais ce que j’ai vu, c’est l’ouvrier en métal à ses travaux, — à la gueule du four de sa forge, — les doigts rugueux comme crocodiles — et puant plus que frai de poisson. — L’artisan de toute sorte qui manie le ciseau — ne se donne pas autant de mouvement que celui qui manie la houe ; — mais ses champs à lui c’est le bois, son affaire, c’est le métal, — et la nuit, quand l’autre est libre, — lui, il fait œuvre de ses mains par-dessus ce qu’il a déjà fait, — car, la nuit, il travaille

du frai de poisson ;

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