CHAPITRE XVII. LA TERRE DES MORTS
tre, l’animation renaît, lorsque les familles viennent passer quelques heures, ou même quelques jours, au milieu de leurs morts. Les vignettes des papyrus et quelques représentations figurées nous apportent les éléments d’une reconstitution de l’aspect extérieur des tombes. Chez Khonsou (n° 31) la baie d'entrée s’ouvre sous un portique dont les colonnes papyriformes sont ornées de bandelettes flottantes ; le toit plat qui s’appuie aux pentes de la
16/0223. (Phot. Gaddis.) Vallée des Reines.
montagne, est surmonté d’une petite pyramide dans laquelle s’ouvre une niche ou une fenêtre. Ainsi donc, là où nous ne voyons plus qu’un trou béant dans la montagne, s’élevait autrefois une construction d’aspect riant, aux enduits
multicolores et clairs. Les textes nous parlent de bassins de plaisance, de jar-
dins et souhaitent aux âmes de pouvoir jouir de l’ombre de leurs arbres.
Il nous reste à visiter les quartiers spécialement réservés à la sépulture des reines et des rois du Nouvel Empire. On ne sait pas exactement où se trouvent les tombes des reines de la xvirIe dynastie. Une seule, celle d’Hatshepsout, a été découverte, il y a peu d’années par Howard Carter qui surprit des Arabes occupés à déblayer une excavation au fond d’une vallée éloignée, appelée le Wadi e’ Sikkat e”’ Taga e” Zeid. Nous avons dit déjà le véritable tour de force que constituait le placement d’un sarcophage de granit dans cette caverne
perchée bien haut dans {a montagne. La découverte de cette tombe préparée
pour Hatshepsout permet de croire que les sépultures des épouses des grands
rois de la XVIIIe dynastie étaient soigneusement dissimulées dans les recoins les
plus inaccessibles de la montagne thébaine. On ne peut compter que sur le
hasard pour en faire découvrir l’emplacement car, pour répéter un mot de Mariette Pacha, «il y a en Egypte des tombes si bien cachées qu’on ne les découvrira jamais, au sens absolu du mot jamais ».
À la xIx° dynastie on avait choisi, pour grouper les caveaux funéraires des reines des princes, un cirque écarté dans la région à l’Ouest de Medinet Habou : c’est ce qu’on appelle le Biban el Harim (fig. 223). Ces hypogées ne sont généralement pas très étendus ; ils comprennent le plus souvent une ou deux chambres. Au fond de la dernière s’ouvre un petit réduit dans lequel est placé le sarcophage. Il ne
semble pas qu’il y ait eu une construction FIG. 224. (D’après Th. Davis.) BIBAN EL MOLOUK. CRLCRMCUNENSS 104 Vers le tombeau de Thoutmès III. comme dans la Vallée
| des Rois, lorsque la
chambre funéraire avait reçu la dépouille mortelle, on bouchait soigneusement
la porte d’entrée. Cette Vallée des Reines était probablement un endroit
mystérieux et secret où l’on ne pénétrait que pour le creusement de nouvelles tombes.
Pour aller à Biban el Molouk, on s’engage dans une vallée désertique (fig. 222) qui, après avoir serpenté vers l’Ouest pendant quelques kilomètres, s’infléchit
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dans la direction du Sud.
À un moment donné, la route bifurque. Une val- -lée s'ouvre vers la droite et conduit au tombeau d’Aménophis III et d’Ay (fig. 225). En continuant la vallée principale, on ne tarde pas à franchir un seuil. de pierre, “force coups de ciseaux dans l'antiquité. Dès qu’on l’a passé, on entre dans ce cimetière unique au monde où reposaient presque tous les grands rois de la FIG. 226. ‘(Phot. Th. Van Dyck.) BIBAN EL MOLOUK. . : Tombe d’Aménophis Il. XVIII à la xx° dynastie. Le paysage est dominé par cette « Cime d’Occident » que les Egyptiens avaient divinisée et qu’ils adoraient sous la forme d’un serpent dont le nom « Miritskro » signifie « Celle qui aime le silence ». Nous avons dit qu’Anéna paraît avoir eu la merveilleuse idée de choisir ce site impressionnant pour y creuser la première tombe, celle de Thoutmès It", « personne ne le voyant, personne ne le sachant ».
Pour les anciens, la Vallée des Rois s’appelait « le chemin où se couche le soleil ». II | est probable qu’on peut trouver dans cetteappellation une confusion vouluementre l’astre qui disparaît le soir dans cette montagne etlepharaon, fils du soleil, venant reposer dans sa
sépulture. FIG. 227 (Phot. J. Capart.) BIBAN EL MoLouk. Dans la nécropole royale.