XVIII. LA DESCENTE AUX ENFERS
AUTRES recherches nous préoccupent maintenant et la disposition matérielle des tombes royales commence à nous être familière. Quelle idée les contemporains pouvaient-ils se faire de la destinée de leurs souverains défunts ?
La sépulture royale, souvenons-nous-en, est formée du temple funéraire et de l’hypogée. Si nous voulons une information complète, allons de l’un à l’autre pour interroger les textes et les figures.
Dans les temples funéraires, le roi défunt est traité suivant la vieille doctrine osirienne. Celle-ci peut être interprétée de deux manières. Dans un cas, le pharaon devient lui-même Osiris et se trouve représenté sous l’aspect du dieu. Il n’est plus, par exemple, le roi de Haute et de Basse-Egypte, Ramsès Ier, mais l’Osiris Ramsès It". On ne peut imaginer un système plus complet de déification. Toutefois, cette doctrine n’est pas exclusive et elle tolère parfaitement des conceptions qui nous semblent complètement contradictoires. Au temple funéraire de Medinet Habou, Ramsès III est représenté dans le paradis d’Osiris, les champs d’Ialou. Les défunts qui y sont admis s’y installent comme les colons du dieu ; ils reçoivent des terres qu’ils auront à cultiver, ils sont en un mot les corvéables d’Osiris. Et c’est pourquoi Ramsès III conduit la charrue (fig. 232), récolte le blé dans les champs divins (fig. 233), comme le faisaient sur la terre ses sujets les plus humbles, payant la dîme au pharaon. Rien d’étonnant à ce qu’on dépose, même dans les tombes royales, ces figurines magiques armées d'outils agricoles qui devaient, dans l’au-delà, se substituer au défunt pour accomplir les corvées. Mais il y a quelque chose d’étrange à voir une figurine royale, uræus au front, munie des pioches et des sacs à semailles, prête à peiner dans l'au-delà, chaque fois qu’il plaira au dieu d’appeler son serviteur au travail. Cela montre l’inconsistance de la doctrine, ou plutôt l’incapacité des Egyptiens à faire un choix parmi les diverses doctrines contradictoires. Ce n’est pas tout : dans l’hypogée nous trouverons des survivances de la doctrine osirienne, mais nous verrons dominer surtout d’autres conceptions de la vie d’outre-tombe.
Amon de Thèbes s’était confondu avec le dieu solaire. Le roi, son fils, participe de sa nature solaire et, quand il sera mort, pénétrera comme lui dans la
montagne d’Occident. Nous savons qu’en mourant, (1l s’est identifié au disque, queen membres divins se sont résorbés en celui qui les avait créés ».. S'11VienR au soir de sa vie, reposer dans lamontagne d'Occident, ce n’est pas pour y rester ; après la nuit du LOU il va, le matin, recommencer une nou-
| velle carrièrea FIG. 232: (Phot. Gaddis.) MEDINET HABou. l'OL iél: Ramsès III dans les Ses d’Ialou. rient du cie
Pendant les heures du jour, l’astre a parcouru le ciel d’en haut ; la nuit, il parcourra les régions infernales, le monde des terreurs et du mystère où se prépare la résurrection. Si la plupart des âmes restent confinées dans une des douze régions qui forment le monde de la nuit, le roi, par la vertu magique des livres dont les épisodes sont représentés Sur les murs du tombeau, reviendra dans le ciel des vivants, Soit SOUS | la forme du dieu, soit parmi l’équipage de sa barque.
Dès le premier couloir, on voit, dans les hypogées, le disque solaire au moment où 1l passe d’un ciel à l’autre (fig.231).Deux figures sont dessinées dans le disque : un homme à tête de bélier, forme habi-
FIG.2232: (Phot. Gaddis.) MEDINET HaABou.
tuelle que prend le Ramsès III dans les champs d’Ialou.
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