CHAPITRE XVIII. LA DESCENTE AUX ENFERS
abandonné, tandis que, sous forme d’un gros scarabée, le dieu va surgit à Phorizon.
Les textes qui accompagnent les figures ne nous paraissent pas toujours d’une grande clarté, car ils sont pleins d’allusions mystiques qui nous échappent. Douze dieux tirent la barque solaire « tandis que douze femmes tirent également à la cordelle un gros serpent, qui est le « double » de la vie des dieux », et s'appelle Onkh-Noutirou (vie des dieux) : dieux et déesses sont les dévôts du serpent.
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FIG. 237. (Phot. Gaddis.) . TOMBEAU D’AMÉNOPHIS II. La douzième heure du Livre de la Touat.
La légende nous explique cette scène d’une façon très imprévue. « Ce dieu navigue en ce dessin à travers cette cité, grâce aux dévôts de l’image mystérieuse de Onkh-Noutirou. Ses dieux à lui le tirent d’abord à la remorque, il entre à la queue du serpent et sort de la bouche du serpent, naissant ainsi en sa forme de Khopri, et les dieux qui sont dans sa barque, de même entrent et sortent ; puis il arrive à la face de cette image mystérieuse de la Corne du ciel, limite des ténèbres concrètes, image dont les deux bras ferment l’autre monde. Alors ce Dieu Grand pénètre à l’horizon oriental du ciel, Shou le prend et il se produit à l’Orient ».. Le registre supérieur est rempli tout entier par deux processions alignées bout à bout, d’abord douze femmes qui semblent porter chacune un serpent sur les épaules, puis douze hommes qui s’avancent, les bras levés, dans la posture d’adoration. « Celles qui sont en ce dessin, représentées
corporellement avec leurs uræus qui sortent d’elles, quand ce Dieu Grand atteint cette cité, elles sont derrière ce Dieu et ce sont les flammes de leurs bouches qui repoussent Apôpi de Râ pour (la région) orientale de l’horizon ; elles voyagent vers le firmament terrestre avec lui, en leurs Places ; puis elles ramènent ces dieux, après que ce Dieu Grand a passé la limite mystérieuse du ciel, et vont se remettre en leurs places. Elles présentent les dieux de l’Occident à Râ Harmakhis, et ce qu’elles font en terre, c’est de chasser ceux qui sont dans les ténèbres par la flamme de leurs uræus lancée derrière eux; elles conduisent Râ et frappent pour lui Apôpi au ciel. » Les dieux ont un rôle analogue : « Ceux qui sont en ce dessin adorent ce Dieu Grand à la pointe du jour, au moment où il arrive en (la région) orientale du ciel (32). »
Ces passages caractéristiques donnent de cette littérature étrange une idée
suffisante. Mais nous devons encore attirer l’attention sur le domaine du dieu Sokaris, à la quatrième heure, parce qu'ici la disposition générale est quelque peu modifiée. Les trois registres sont traversés en diagonale par une route appelée «les chemins mystérieux de Sokaris » dont l’accès est fermé en plusieurs endroits par des portes. La représentation en est particulièrement claire au tombeau d’Aménophis II (fig. 238). | Après avoir étudié une même heure de la nuit successivement dans le Livre de la Touat et dans le Livre des Portes, Maspero concluait de la manière suivante : « La conception est la même au fond, et l’on retrouve dans les pylônes l'obscurité un moment interrompue par l’arrivée du dieu, la même tristesse au moment où le dieu s’en va emportant la lumière avec lui, comme le magicien du conte de Satni, les mêmes discours et les mêmes largesses du Soleil à ses fidèles : le détail est absolument différent. Un examen superficiel suffit à montrer en quoi le « Livre des Pylônes » diffère dogmatiquement du « Livre de l’autre monde». Dans celui-ci des dogmes solaires étaient superposés aux dogmes plus
anciens des dieux des morts primitifs, Sokaris, Osiris de Mendès : dans celui-là,
les dogmes de Sokaris et d’Osiris de Mendès ont disparu entièrement. Peut-être les scribes thébains repoussaient-ils comme trop grossières les conceptions de la terre de Sokaris : le dogme osirien qu’ils ont adopté est celui d’Abydos, celui où Osiris s’unit à Khontamentit. Le dogme osirien ainsi entendu comportait le jugement des morts : la scène du jugement est mêlée en effet aux scènes de notre livre, et, là encore, l’influence géographique se fait sentir (33). »
Quelles meilleures preuves pourrait-on donner du manque de fermeté des doctrines funéraires que la présence, dans un seul tombeau, d’extraits de deux
manuels de géographie infernale qui, sur un fond commun, ont réussi à pré-
senter deux itinéraires différents des pérégrinations du roi mort dans les régions de l’au-delà.
Maspero, dans les lignes que nous venons de reproduire, marque bien la”
place que les théologiens « solaires » ont dû conserver à la doctrine osirienne;