‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 128 sur 137 · TOMBEAU DE KHONSOU · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE KHONSOU

L'ouverture de la bouche.

après les épreuves de la mort, revient à l’existence. Citons encore dans la série

des rites de funérailles la scène du tombeau de Rekhmara :

au milieu d’un

jardin est une barque, dans laquelle se dresse une statue du vizir, traînée à la corde sur les eaux d’un bassin, tandis qu’un prêtre fait une offrande (fig. 246). On a démontré qu'il s’agissait là d’une fête célébrée lors de la

mise au tombeau.

Les cérémonies terminées, on empilait le mobilier funéraire dans les chambres, à portée de la statue, devenue réellement le corps indestructible, le soutien de l’âme qui assurera son existence dans la maison d’éternité.

La place de la statue est, normalement, dans la chambre qui se trouve au fond de la chapelle. Parfois on lui ménage une petite niche, comme chez Menna. Plus souvent, les statues du mort, de sa femme et des membres de sa famille sont sculptées dans la pierre même de la montagne. On peut les répartir

selon deux types :

| (Phot. W. Wreszinski.) « L'ouverture de la bouche » sur le bouquet.

TOMBEAU,DE KAEMHAT.

l’un montre les personnages comme des vivants, l’autre les

figure comme des morts enveloppés dans les bandelettes de momie d’où ne sortent que la tête et les mains.

Toute la décoration du tombeau est calculée en fonction de ces statues ; c’est pour elles que les ressources infinies de la magie égyptienne réussissent à

créer l’illusion bienfaisante. Si elles venaient à être détruites, les copies faites sur la muraille les remplaceraient entièrement. Chez Sennefer (n° 96), les images du mort sont trop nombreuses pour qu’on puisse les considérer seulement comme le défunt et sa femme participant en personne à une scène quelconque. Ce sont évidemment des répliques des statues : tous les types traditionnels y figurent. On voit le mort debout, sa femme debout, les deux époux assis sur le mêémessièss l’homme et la femme recevant la libation que verse au-dessus de leur tête un prêtre funéraire (fig. 245).

Le jour même de l’enterrementnns commence le culte

répéteront à toutes

À des dates bien déterminées, on offre un repas auquel participent les parents et les amis et qui n’est que la répétition du repas des funérailles.

Graveurs (n° 181), toute la famille est FIG. 245. (Phot. Gaddis.) TOMBEAU DE SENNEFER. féUnie pour. y pren-

Purification des statues. dre part Le mort et

sa femme, accompagnés d’une enfant, sont placés sur une petite estrade ; devant eux, une jeune fille tend une coupe et dit : « prends et bois ; fais un jour heureux à l’intérieur de ta maison d’éternité. Prends de la main de ta sœur chérie ». N'est-ce pas une inscription bien caractéristique ? À part l’expression «maison d’éternité » rien n'indique qu’il s’agit d’un repas funèbre. Rappelons-nous cette chanson, copiée au tombeau de Nefer-Hotep, (n° 50), où le harpiste engage ses

auditeurs à jouir de la vie, à se couronner de fleurs, à profiter du temps si bref.

que l’on passe sur la terre, parce qu’un jour viendra où il faudra tout quitter.

dont les services se.

Au tombeau dit’ des .

les” fêtes. des morts.

“ATIHNALIN NOILVOIAVN VIT LA NIQUVI AT VUVWHMNAU 44 NQVHAWOL (PISUIZSSI M A ‘10Ud) "oz ‘OI

Par quels étranges détours de pensée peut-on exprimer de telles maximes dans la tombe d’un personnage mort et enterré? En réalité, on cherche à éviter le plus possible l’idée de la mort, on emploie des euphémismes pour parler de la nécropole, de la tombe, de ceux qui sont dans l’autre monde, et nous serions tentés de dire qu’on fait tout pour empêcher que le défunt se doute qu’il est mort. Ce qui est figuré sur les murs doit lui donner lillusion de continuer à vivre; tous les biens de l’existence terrestre sont mis à sa portée et c’est grâce à cette conception, qui peut nous paraître un peu subtile, que les tombes thébaines nous ont conservé une image aussi fidèle de la vie réelle des anciens.

On aura remarqué déjà que la plupart de ces scènes sont des épisodes-types d’une vie heureuse quelconque et qu’elles se répètent dans des sépultures de personnages dont les titres impliquent des conditions d’existence bien diverses. Mais, après avoir épuisé le répertoire conventionnel et banal, on a facilement été amené à figurer, chez tel ou tel grand personnage, des scènes spéciales de

sa vie. C’est ainsi que nous avons vu Rekhmara aussi bien que Houy présenter. à Thoutmès et à Toutankhamon les tributaires étrangers parce qu’ils étaient,

Pun vizir, l’autre, vice-roi de Nubie. Rappelons-nous au tombeau de Nebamon (n° 17), la scène s1 caractéristique de la visite du prince syrien chez le médecin d'Egypte.

Dans tout cela, 1l n’y a pas autre chose que la très vieille doctrine que nous trouvons exposée de la manière la plus complète dans les tombes de l’Ancien Empire : le mort n’a pas quitté cette terre ; il est toujours en Egypte. Le pays est simplement divisé en deux parties : le territoire occupé par les vivants et la terre des morts, où ceux-ci continuent une existence à peine différente de celle qu’ils menaient autrefois. Ils ont même un avantage, c’est que cette existence dure toujours dans leur maison d’éternité, magiquement pourvue de tous les biens désirables. |

Mais, dira-t-on, que viennent faire, dans ce cas, les scènes de préparation du mobilier funéraire, le transport à la nécropole, la cérémonie d’installation au tombeau? On ne peut les expliquer, semble-t-il, qu’en admettant dans l'esprit de ceux qui enterraient leurs morts, un souci d’ordre particulier.

On veut montrer clairement à celui qui a quitté la terre des vivants qu’on a.

fait à son bénéfice tout ce qu’il était convenable de faire en une telle circonstance.

On peut soupçonner d’ailleurs une autre préoccupation, économique cette fois. De même que les offrandes réelles sont remplacées par des modèles, puis

par des peintures et des reliefs, ne peut-on admettre que la représentation de

funérailles magnifiques paraissait suffisante pour que les membres de la famille diminuent d’autant les frais de la mise au tombeau de leurs proches. On conduisait le mort modestement à la nécropole, mais dans sa maison d’éter-

"ASSHHA ANNO4 VT AVd SATIIVLIAVA SAWV SATI LH SdHO9 SAT LVHAASNO.A AVHINO.L (SIPPEO ‘iouq) "LVT ‘OI

RTS

nité, son âme pouvait s’enorgueillir du pompeux enterrement peint ou gravé sur les murs. Ainsi donc, le fond de la doctrine est que les morts restent sur cette terre, vivant dans cette ville spéciale de la montagne d’Occident. Quelquefois, sur les montants des portes, on voit le propriétaire du tombeau qui vient adorer le soleil à son lever et à son coucher, et c’est une des formules fréquentes des stèles que de demander aux dieux de jouir de ce privilège. Mais de nombreuses représentations s’écartent de cette doctrine avec plus ou moins de netteté. Elles nous entraînent bien loin de la tombe dans des régions mystérieuses où règnent les dieux et où l’on plaçait le séjour des bienheureux. Souvent nous sommes amenés à nous demander, comme nous le faisions devant les bas-reliefs des temples : « Où sommes-nous, sur la terre ou dans le ciel, en Egypte ou dans des régions infernales ? » Rappelons-nous la jolie peinture du tombeau d’Ouserhat (n° 51) : le défunt est assis en compagnie de sa mère et de sa femme à l’ombre d’un grand sycomore (fig. 247); 1l ya dans le feuillage des oiseaux réels, mais aussi des oiseaux étranges, à tête humaine, qui sont des âmes désincarnées. C’est une déesse qui présente le plateau chargé d’offrandes et qui verse la libation rafraîchissante. Elle est posée à côté d’un étang au bord duquel les petites âmes aïlées viennent également se désaltérer. Sur la route entre ce monde et la terre des dieux, les défunts rencontrent de ces fées bienfaisantes, Hathor ou Nouit, qui leur donnent à boire et à manger. Il est probable aue l’acceptation de ces présents, comme dans ies légendes de tant de peuples, signifie qu’il n’y aura jamais plus de retour en arrière. Chez Ouserhat, la scène conserve le maximum de réalité et le merveilleux n’y est que suggéré. Au tombeau de Sebekhotep (n° 63) nous sommes au milieu d’un grand jardin (fig. 248) dont le centre est occupé par un bassin auquel le défunt et sa femme se désaltèrent. De chaque côté, on a peint la même scène, répétée symétriquement : Sebekhotep et sa femme, commodément assis à l’ombre d’un sycomore, reçoivent des aliments d’une déesse dont le corps est confondu avec le tronc d’un arbre plus petit. Les inscriptions précisent le sens de la scène, donnent le nom du sycomore de l’Ouest et du sycomore de l'Est et, très logiquement puisqu'il s’agit d’arbres-fées, leur font prononcer des paroles d’accueil. Au tombeau des Vignes (n° 96), la même idée n’est plus exprimée que par un symbole : sur un des piliers, Sennefer est assis accompagné d’une femme de sa famille. Devant eux est fichée en terre une espèce de potence qui sert généralement de support aux emblèmes religieux. On y a figuré un buisson d’où surgit une petite déesse qui présentait les offrandes. Chez Nakht (n° 52), devant la stèle en forme de tabernacle, s’avancent les serviteurs (fig. 249). Au premier plan, de chaque côté d’un monceau d’aliments, deux femmes s’associent à la cérémonie. Une seule chose nous montre qu’elles ne font pas partie de la domesticité du défunt : sur leur tête elles portent un petit sycomore chargé de fruits. Et cela suffit pour nous

(Phot. W. Wreszinski.)

Page 1