CHAPITRE III. THÈBES, CENTRE DU MONDE
C’est donc par un décret divin « que le Sud et le Nord lui ont été donnés, le ciel, la terre, le monde infernal avec les eaux et les montagnes, l’océan avec tous ses produits et le Nil, tout ce qui croît sur le sol, tout ce qu’éclaire le soleil. Elle le possède en paix et les pays lui paient tribut comme ses sujets, car elle est l’œ1l du dieu Ra auquel personne ne résiste ».
Une marque bien significative de cet empire de Thèbes sur le monde entier est la figuration des quatre races humaines placées sous la surveillance
Fic. 35. (Phot. W. Wreszinski.) TOMBEAU DE Houy. Détail de la présentation du tribut.
du dieu Horus, que l’on trouve parmi les scènes des hypogées royaux. Dans la première salle à piliers du tombeau de Seth1 Ie", à gauche en entrant, ce précieux tableau ethnographique montre d’abord quatre Egyptiens, puis quatre Asiatiques appelés Aamou, ensuite quatre nègres Nehesiou, enfin quatre Libyens Tîimihou. Ces dermiers, malheureusement mutilés, représentaient les populations blanches du nord de l’Afrique, appartenant à la grande race méditerranéenne, et Champollion ne se trompait qu’en partie lorsqu'il les appelait proto-Européens.
En de nombreux endroits de Thèbes, dans les temples, dans les tombeaux, nous aurons à étudier les représentations des étrangers, vaincus dans la bataille ou venant apporter leurs tributs, dans l’attitude décrite par les hymnes : au mur Nord de la salle hypostyle de Karnak, dans le grand temple de Medinet Habou, se voient les meilleurs exemples des ennemis de l’Ouest, les diverses tribus libyennes. Les tombeaux de Rekhmara (n° 100) et d'Houy (n° 40) nous permettront d’assister au défilé des Soudanais et des nègres (fig. 35 et 36). Le deuxième portique de Deir el Bahari nous conduit au mystérieux pays de Pount sur les bords de la mer Rouge. Les Asiatiques dominent dans les bas-reliefs de Sethi Ie, à Karnak, qui déjà nous permettent de faire
Da
connaissance avec les Hittites de l’Asie Mineure, les adversaires de Ramsès IT, dans la grande bataille de Kadesh, dont les épisodes couvrent les pylônes de Louxor et du Ramesseum. |
Au temple de Medinet Habou, nous apprendrons à connaître les difiérents peuples de la mer, entre autres les Philistins, venus probablement de Crète. Les habitants de la grande île méditerranéenne figurent parmi les tributaires de l'Egypte sous le nom de Keftiou ; par exemple, dans le tombeau de Rekhmara (n° 100). Chez Pouymre (n° 39), les chefs étrangers, l1byens,asiatiques, crétois, sont venus en Egypte, «en paix » comme dit le texte, probablement pour y faire du commerce. Mais on n’abordait pas
seulement à Thè-
bes,contraint par
FIG. 36. (D’après R. Lepsius.) : TOMBEAU DE Houy. la force des armes Réception des tributaires du Sud. Fee :
ou attiré par l’ap-
pât du gain. La réputation d’un grand médecin, par exemple, pouvait amener, dans la capitale, des étrangers de marque. Au tombeau de Nebamon (n° 17) il y a un tableau bien curieux : un prince syrien, accompagné de sa femme et de ses serviteurs chargés de présents, est venu demander conseils et remèdes au docteur égyptien qui était scribe et médecin du roi Aménophis II. Le prince est assis et tend la main pour recevoir un breuvage que vient de verser dans une coupe le maître égyptien (fig. 37).
Les origines de Thèbes sont fort obscures. On ne connaît dans la nécropole que de rares tombes de l’Ancien Empire. Une d’elles, qui date de la vie dynastie, semble ignorer encore le nom d’Amon. C’est à la xI° dynastie seulement que les princes d’Hermonthis, ville située à quelques kilomètres au Sud, s’établissent à l’emplacement de la future capitale. Ils ont apporté avec