CHAPITRE III. THÈBES, CENTRE DU MONDE
eux leur dieu Mentou, et plusieurs d’entre eux s’appelleront Mentouhotep. Longtemps, 1ls luttent pour essayer d’arracher ie pouvoir royal aux Héracléopolitains. C’est de l’époque de cette xI° dynastie que datent les premiers travaux importants dans la nécropole. Deux de ses rois ont construit le plus ancien temple de Deir el Bahari. L’apparition sur le trône, au début de la x11° dynastie, du roi Amenembhat, dont le nom veut dire « Amon est en tête », montre qu'avec le changement de dynastie, Thèbes a reçu un nouveau maître.
Certainement, ce ne sont pas des considérations purement géographiques qui ont déterminé la fondation, puis l’extension de la ville de Thèbes. Au point de vue agricole, elle n’offrait pas les ressources nécessaires à l'entretien d’une nombreuse population. Des lettres de |!
la x1° dynastie, trouvées par les fouilleurs du Metropolitan Museum de New-York, montrent que Thèbes, à cette époque, fut éprouvée pendant plusieurs pic. 37. (Phot. W. Wreszinski.) TOMBEAU DE NEBAMON. années par une effroya- Réception du prince syrien.
ble disette. Ce qui lui a donné une importance exceptionnelle, c’est qu’elle a constitué, dès le Moyen Empire, un marché fameux. Elle contrôlait les routes des mines d’or situées dans les montagnes entre le Nil et la mer Rouge, en Nubie. C’est à Thèbes que se réunissaient les produits du Soudan : les gommes, les plumes d’autruche, Pébène, l’or en poudre ou en anneaux.
La situation est la même au début du Nouvel Empire. C’est à Thèbes que commencera la guerre de libération de l'Egypte, et lorsque les Hyksos auront été rejetés en Asie, les rois de la xviri® dynastie, qui résident généralement à Thèbes, feront affluer vers les entrepôts de la capitale les richesses prélevées sur les peuples vaincus du Sud et du Nord.
Mais à la xixe dynastie, les grands changements qui se produisent en Asie
obligent les pharaons à choisir souvent une résidence proche de la frontière. Les scribes de l’époque nous vantent les splendeurs de cette cité nouvelle dénommée «la maison de Ramsès le Victorieux »; une grande part des richesses de l’Egypte y restait sans aucun doute. Ce fut pour Thèbes un coup mortel.
Après la xx° dynastie, lorsque le dernier des Ramsès a été détrôné par le grand prêtre d’Amon, et que les familles princières rivales se disputent l’hégémonie dans le Delta, un nouveau royaume se développe dans la région de la quatrième cataracte. Les rois éthiopiens de Napata conquièrent l’Egypte et fondent la xxv° dynastie. Comme l’a fait remarquer Reisner, à qui nous devons la résurrection historique de l’empire d’Ethiopie, dès que les princes d’origine libyenne, qui ont créé cet empire, ont été assez puissants pour se rendre indépendants des pharaons, tout l’afflux des richesses du Haut-Nil est détourné de Thèbes. La grande ville languit, tombe en décadence, redevient une simple bourgade. Ne le regrettons pas trop, puisque ainsi tant d’admirables monuments ont été conservés. Qu’en resterait-il s’ils avaient été exploités pour l’édification d’une cité moderne ? La Memphis pharaonique a servi à construire le Caire arabe; mais les pauvres habitants de Louxor, de Karnak et de quelques maigres villages de la plaine de Thèbes, en s’attaquant aux édifices gigantesques, n’ont pu anéantir la merveilleuse capitale, qui fut pendant quelques siècles le centre du monde.