IV. AMON-RA, ROI DES DIEUX
= )HÈBES n'était pas seulement le centre du monde des humains ;
| les textes mythologiques n'hésitent pas à affirmer qu’elle avait été la butte primitive sur laquelle s’était posé le démiurge lors de la création de l’univers. Thèbes régnait sur le monde, son dieu Amon préférait parmi tous ses titres celui de « Roi des dieux ». Cependant, il avait eu des débuts fort modestes, comme la ville dont il était le patron.
On a pu dire qu’en Egypte, les dieux prenaient de l’importance suivant des raisons de géographie politique. Théoriquement, à une époque très lointaine, chaque petite communauté avait un dieu unique, dieu du marché de la bourgade où les habitants se réunissaient périodiquement pour l’échange des produits nécessaires à la vie. Encore aujourd’hui, à Thèbes, le vrai jour de fête est le jour du marché bien plus que le vendredi consacré par la religion musulmane. Le dieu devenait plus puissant à mesure que se développait aux points de vue économique et politique la bourgade qu’il dominait. Nous avons dit comment, dès la xII° dynastie, Amon avait repoussé au second plan le dieu Mentou sans cependant le déposséder de tous ses droits. Jusqu’à l’époque ptolémaïque, Mentou conserve ses temples à Thèbes : au Nord du temple d’Amon de Karnak, et à Médamout (fig. 38). Amon s’identifie rapidement avec plusieurs divinités, mais en tout premier lieu avec Min. C’est le dieu de Koptos, ville située au nord de Thèbes, au débouché des routes de caravanes venant du désert oriental et reliant la vallée du Nil aux côtes de la mer Rouge. Amon, dès le Moyen Empire également, se confond avec la grande divinité solaire héliopolitaine, désignée le plus souvent sous le nom de Ra.
La plupart des statues d’Amon ont complètement disparu; à l’époque chrétienne particulièrement, les idoles des temples ont été systématiquement détruites. Cependant, nous aurons l’occasion d’admirer devant le sanctuaire des barques, une merveilleuse statue du grand dieu de Thèbes, œuvre de Toutankhamon (fig. 39). Mais c’est surtout par les bas-reliefs que nous pourrons apprendre sous quelle forme on le représentait. Le plus souvent il est figuré comme un homme, la tête surmontée d’un mortier sur lequel sont dressées deux hautes plumes, les rémiges du faucon. Fréquemment, dans ces reliefs
qui nous donnent la copie de statues divines, on a reproduit une tige plantée dans le sol et venant se fixer à la coiffure, afin d’en assurer la rigidité. Un peu d’attention fera découvrir des cornes. Amon est un homme, mais ses fidèles croyaient qu’il se manifestait également sous la forme criocéphale. Si nous sommes étonnés de voir donner ainsi au dieu Amon une tête de bélier, nous le serons davantage en remarquant qu’au tombeau de Ramsès XII (n°4), à Biban el Molouk, Amon en a quatre disposées sur un même cou, deux regardant à droite et deux à gauche. Dans de semblables représentations, le dieu de Thèbes est probablement identifié à Knoum d’Esneh, que les inscriptions appellent parfois le dieu à quatre têtes sur un cou. Le plus souvent, dans les représentations des tombes royales, le dieu à tête de bélier figure le soleil mort au cours de sa traversée du monde de la nuit.
De très bonne heure, Amon a été assimilé aux grandes divinités solaires :
Horus, Harmakhis (Horus dans l’horizon) et principalement Ra. Cette dernière identification s’est faite si totale que Amon-Ra est devenu la désignation la plus caractéristique du dieu de Thèbes. On lira par exemple, dans une inscription : « Amon-Ra a dit ou a fait telle chose, » et cette expression ne fait que consacrer l’adjonction d’une entité divine originairement indépendante. À cet Amon, devenu dieu solaire, l’on consacre des ‘obélisques ; cette identification nous explique également les images d’Amon à tête de faucon. Il y a mieux : l’épithète « Roi des dieux » vient former avec Amon-Ra un tout inséparable. Les auteurs classiques parlent d’une divinité Amonrasonther, ce qui est la transcription de la phrase égyptienne : Amon-Ra, Roi des dieux. Au grand pylône de Ramsès III, à Medinet Habou, les deux massifs Nord et Sud portent des représentations du roi abattant ses ennemis devant la divinité. Au Sud, le dieu qui présente le glaive a la tête humaine surmontée de deux hautes plumes : c’est Amon-Ra, roi des dieux ; au Nord, la divinité dans la même attitude a une tête de faucon : c’est Amon-Ra-Harmakhis. Ajoutons enfin qu’Amon apparaît parfois avec une tête de crocodile.
FIG 38. (Phot. J. Capart.) MEDAMOUT.
Le temple de Mentou.
et de deux hautes plumes. Le texte
Habou ».