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CHAPITRE IV. AMON-RA, ROI DES DIEUX

Toutes ces variantes ne changent pas, dans Amon, la forme essentielle d’un personnage vivant. Mais Amon identifié avec Min de Koptos, est représenté comme un mort enveloppé de bandelettes étroitement serrées. Un seul bras sort du linceul et se lève derrière la tête pour supporter l’image d’un fouet. Min est essentiellement un dieu de la fécondité et c’est pourquoi les anciens Égyptiens, pourtant, en général, plus réservés que les classiques, dans leur art figuré, n’ont pas hésité à indiquer la force fécondatrice du dieu sous un aspect qui n’est pas sans heurter notre sensibilité.

Une forme plus étrange encore, mais fort rare, montre le dieu comme un bloc amorphe, symbolisant la matière élémentaire qui existait avant que rien ne fût créé ou organisé dans le monde. C’est à Medinet Habou que Daressy l’a reconnue, sur le jambage droit de la porte Est d’une salle annexe construite par Akoris au petit temple. Un empereur romain, habillé en pharaon, fait un sacrifice devant l’emblème divin qui semble avoir été martelé.

Sur un trône est posée une masse informe d’où émerge une tête humaine surmontée du disque solaire

qui accompagne la représentation dit expressément qu'il s’agit de «l’Amon thébain de Medinet

FIG. 39. (Phot. J. Capart.) ; KARNAK.

L’Amon de Toutankhamon.

Les Egyptiens distinguaient pour un même dieu une infinité de formes spécialisées. L’essence du dieu se subdivisait à l’infini et une parcelle en était déposée dans toute image créée. Chaque idole servait de support matériel à un Amon spécialisé ; c’est ainsi qu’on pouvait parler de l’Amon de Thoutmès III ou de l’Amon de Ramsès II dans tel temple, ou encore de l’Amon de telle localité. Un ambassadeur égyptien envoyé au Liban pour y chercher du bois destiné à construire une barque divine, se fait accompagner par un « Amon du chemin » destiné à le protéger pendant toute la durée du voyage.

La femme d’Amon est parfois Amonit, forme féminine du nom du dieu. On

l’appelle le plus souvent Mout, ce qui veut dire «la mère », et on la représente sous la forme d’une femme. Mais suivant un procédé semblable à celui qui unit Amon à toute une série de divinités masculines, Mout se confondra avec de nombreuses déesses. Au temple de Mout (fig. 41), l'épouse d’Amon est devenue Sekhmet, figurée avec une tête de lionne. Sous le même aspect d’une femme léontocéphale, elle s’appelle aussi Ourthekaou, la grande sorcière, celle qui est puissante par ses charmes magiques. Le disque qui se trouve audessus de la tête de lionne montre que la déesse est également entrée dans le cycle des divinités solaires.

Le fils d’Amon et de Mout est Khonsou, dont nous avons remarqué le temple dans l’enceinte

tuaire (fig. 40 et 45). Dans les reliefs, le dieu était figuré tantôt comme un homme à -tète de faucon

comme un jeune prince momifié FIG. 40. (Phot. H. Béchard.) KarRNAKk. Temple de Khonsou. (fig. 43). Sous cet

aspect il est alors dieu lunaire et ne parfois au dieu Thot. Khonsou avait également de nombreuses formes spécialisées ; deux d’entre elles jouissaient d’une grande réputation : « Khonsou Nefer-Hotep, dieu du bon repos », et « Khonsou qui exécute les plans dans Thèbes ».

On sait que les dieux égyptiens se manifestaient sous is formes animales.

Les deux animaux sacrés, le plus souvent mis en rapport avec Amon, sont le bélier et l’oie. Devant les entrées principales du temple et sur l’immense avenue qui réunissait Louxor à Karnak se trouvaient, de part et d’autre, des sphinx à tête de bélier, tenant entre les pattes de devant de petites figures mumiformes du roi Aménophis III (fig. 44).

Il est probable que les béliers circulaient dans les cours et peut-être dans les salles du temple, comme les vaches sacrées au temple de Bénarès. On leur adressait des sacrifices et des offrandes, on leur consacrait des stèles d’adoration.Des oies étaient

du grand sanc-

(fig. 42), tantôt

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gardées dans l’édifice sacré ; parfois, dans ses travaux de déblaiement, Legrain a retrouvé des œufs d’oie, recouverts de feuilles d’or et consacrés en ex-voto.

De temps à autre, au cours de cérémonies sur lesquelles nous manquons de renseignements précis, un des béliers était sacrifié ; la peau toute sanglante de l’animal écorché était posée sur la statue divine tandis que la tête fichée sur un pieu servait d’enseigne religieuse. Le roi l’emportait comme un véritable étendard militaire pour s’assurer la protection d’Amon au milieu de la bataille. Dans un bas-relief, au mur Nord du temple de Ramsès III, à Medinet Habou, le pieu à tête de bélier est fixé sur un char qui précède immédiatement le char royal.

En tant que roi, Amon avait sa cour composée de divinités d’autres villes ; elles jouaient à Thèbes le rôle de commensaux d’Amon qui les prenait comme ses conseillers ordinaires. On en trouvera le catalogue méthodique à la face Nord du massif Est du vire pylône. Les dieux sont répartis en deux groupes, la grande et la petite neuvaine. Ce serait une erreur de prendre le mot « neuvaine » dans un sens étroitement arithmétique. Le type des assemblées divines est la neuvaine héliopolitaine, qui se composait exactement de neuf membres ; mais plus tard, on a désigné par le même mot égyptien des groupements composés d’un plus grand nombre de divinités. Au virIe pylône, chacune des neuvaines comprend quinze dieux. En tête de la grande neuvaine est Mentou ; viennent ensuite Toum, Anhour et Tefnout, Geb et Nout, Osiris et Isis, Seth et Nephthys. À part le remplacement de Shou par Anhour, qui lui est d’ailleurs souvent assimilé, c’est la neuvaine héliopolitaine complète. Enfin viennent Horus le Grand et Hathor, Sebek, Tanen et Anit. |

La petite neuvaine, également de quinze dieux, semble d’une composition plus arbitraire : Thot, Horus Vengeur, l’ouvreur des chemins du Sud, l’ouvreur des chemins du Nord, un Sebek, Ptah, Anubis, un second Ptah, Dedoun, Sopdou, Merimoutef et enfin les quatre enfants d’Horus. Ce sont, en quelque sorte, les aides de camp du dieu Amon considéré comme roi des dieux.

FIG. 42. (Phot. Gaddis.) KARNAK.

Khonsou à tête de faucon.

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