CHAPITRE IV. AMON-RA, ROI DES DIEUX
FiG. 48. (Phot. Gaddis.) KaARNAK. La barque sacrée d’Amon.
trouver une explication du mécanisme de la toute-puissance d’Amon, sauvegardant dans toute la mesure possible les prérogatives d’autres dieux qui, au cours des âges, avaient joué un rôle trop important pour qu’on pût les négliger. Le dieu Ra d’Héliopolis, Ptah de Memphis s’associent, dans une certaine mesure, à l’exercice des pouvoirs suprêmes. Un hymne conservé au Musée de Leyde s’exprime de la manière suivante : «Il y a trois dieux : Amon, Ra et Ptah, et ils sont égaux... leurs villes sur terre sont éternelles : Thèbes, Héliopolis, Memphis. Le message vient du ciel, on l’entend à Héliopolis, on le répète à Memphis, au dieu au beau visage (Ptah), on expédie une lettre en écriture de Thot à la ville d’Amon; c’est à Thèbes qu’on donne la réponse
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sous forme de sentence, qu’il meure, qu'il vive, car pour tous, vie et mort dépendent de lui. Il n’y a qu’Amon, Ra et Ptah, eux trois. »
Mais comment Amon de Thèbes donnait-1l la réponse? Le mécanisme des oracles est resté fort obscur et, malgré la clarté apparente de certains textes, bien des suppositions ont pu être faites : statues articulées mues par des prêtres, mouvements de l’animal sacré, voix mystérieuses qui se faisaient entendre dans le sanctuaire, etc.
Lisons quelques textes qui mettent directement en scène le dieu rendant ses oracles :
« En ce jour, dans la maison d’Amon-Ra, roi des dieux, le dieu apparut avec Mout et Khonsou sur le pavement d’argent, dès le matin. Le grand prêtre vint devant ce grand dieu. qui le salua fortement ; il plaça devant lui deux tablettes écrites. L’une disait : « O Amon-Ra, roi des dieux, mon maître, on dit qu’il » y a lieu de faire une enquête au sujet du majordome Thoutmès. » L’autre : «O Amon-Ra, roi des dieux, mon bon maître, on dit qu’il n’y a aucune raison » de faire une enquête au sujet du cas du majordome Thoutmès. » Et le grand prêtre dit à plusieurs reprises devant le dieu : « O mon bon maître, tu jugeras. » Et le dieu d’acquiescer vivement. Le dieu prend la tablette qui innocente l’inculpé et rejette l’autre. Alors le grand prêtre remet pour la seconde fois les tablettes devant le grand dieu et celui-ci confirme son choix précédent. »
À Karnak, au Sud du sanctuaire des barques, sur un mur encore debout, se lit une grande inscription dite du couronnement de Thoutmès III. Le rot y raconte comment lui, qui n’était pas appelé au trône, fut brusquement désigné par le choix d’Amon. Tout jeune encore, avant même d’être nommé au grade de prophète et tandis qu’il remplissait le rôle de prêtre Anmoutef, il se trouvait debout dans l’hypostyle Nord pendant que se déroulait une procession. « Le dieu réjouissait le ciel et la terre de sa beauté, et ses rayons éclataient aux yeux du peuple comme l’apparition du dieu solaire à l’horizon. Le dieu se mit à faire le circuit de la salle hypostyle en suivant les deux côtés, et le cœur de ceux qui étaient devant lui ne comprenait pas son action tandis qu’il cherchait ma Majesté en tout endroit. | À
» Et voilà qu’en me reconnaissant, il s’arrêta ; je me précipitai sur le pavement, je me prosternai en sa présence ; il me fit lever et on me mit à la « station du roi ». Les secrets du cœur des dieux furent alors révélés devant le peuple. »
Il serait trop simple de reprendre l’explication générale qui satisfaisait les philosophes du xvirre siècle : la crédulité du peuple exploitée par la « caste » des prêtres. On connaît au moins un exemple pour lequel il est certain que le dieu consulté se trouvait dans la barque sacrée portée sur les épaules des prêtres, et le texte invoque le témoignage du prophète qui accompagne la barque et des porteurs qui l’avaient sur les épaules. Legrain, qui a passé plus de trente ans de sa vie à étudier le temple de Karnak, croyait qu’Amon manifestait