CHAPITRE V. PHARAON, LE FILS D’AMON
plupart des formules s’éclairent d’une vive lumière si on les compare à celles du rituel du culte funéraire rendu aux momies et aux statues des morts. Le culte divin et le culte funéraire usaient des mêmes rites, parce que, dans le temple, Pharaon, fils des dieux, vénère ses ancêtres de la même façon qu’au tombeau les enfants adorent leurs parents (8). »
Les scènes rituelles sont placées aux murs des temples non seulement pour servir d’aidemémoire au célébrant, mais, le plus souvent, afin de substituer la représentation à la réalité. Même si le roi n’a jamais, au cours de son règne, pénétré dans tel sanctuaire qu'il a fait ériger en son nom, le dieu sera journellement servi par son fils, grâce à la vertu magique des représentations.
Aux temples funéraires de la LIVES HER els HORALR El | gauche du Nil, le Aménophis III sacrifiant. ro1 mort continuera perpétuellement à remplir ses obligations sacerdotales, et sans doute son âme y trouvera une satisfaction dont 1l eût été dangereux de la priver.
Si le roi est le fils divin d’Amon, la reine, nous l’avons vu, est considérée comme l’épouse terrestre du dieu. On la voit dans les reliefs des temples assister à certaines cérémonies, agitant le sistre, instrument magique qui avait la vertu d’écarter les influences malfaisantes. Ce fait eut des conséquences curieuses au moment de la décadence thébaine, après la xx° dynastie. La constitution, dans le Delta, de dynasties dont la politique s’efforce de diminuer l’influence de Thèbes, a comme résultat d’éloigner de l’ancienne résidence la reine, c’est-à-dire l’épouse d’Amon. Les divinités du Delta prendront une importance croissante, mais Amon est un trop grand personnage pour que sa puissance s’évanouisse en un instant. On va imaginer pour Thèbes quelque chose d’ana- : logue à ce que l’on verra plus tard à Athènes ou à Rome, lors des changements de la constitution politique. Dans la république athénienne, l’archonte-roi
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représente le souverain dans l’accomplissement des rites religieux adoptés lorsque la monarchie existait. À Rome, le « Rex Sacrorum » a pour mission d’exécuter certaines cérémonies religieuses anciennes, par exemple, le sacrifice lors de la tenue des comices. Mais, dès qu’il a terminé, il se hâte de disparaître. De même, à Thèbes, il y a une « divine adoratrice d’Amon » qui Joue le rôle d’une reine d'Egypte, auprès du dieu dont elle est l’épouse. À Medinet Habou, après avoir franchi le grand portail d’entrée, on trouve vers la gauche, avant d’arriver au pylône de Ramsès III, plusieurs chapelles funéraires de ces divines adoratrices d’Amon (fig. 55). Les bas-reliefs qui couvrent la façade et les murs des chambres montrent une femme, ou plus exactement une reine, accomplissant devant le dieu les cérémonies réservées au roi dans tous les monuments de l’époque précédente.
La divine adoratrice d’Amon ne se mariait pas, car son époux aurait pu acquérir une influence politique redoutable pour les pharaons du Delta. On assurait la persistance des fonctions en désignant pour lui succéder une princesse que la divine adoratrice adoptait.
Les documents sont assez nombreux pour permettre de suivre ces adoptions pendant une longue période et pour montrer comment la dignité passait d’une famille à une autre, d’une dynastie à une autre. La plus ancienne adoratrice que l’on connaisse est Shapenap ["°, fille d’un roi Osorkor de Bubaste, de la xx1I® dynastie. Lorsque les Ethiopiens de Napata auront conquis l'Egypte, on lui imposera l’adoption d’une sœur du roi Piankhi, Amenardis Ir. La divine adoratrice bubastite accepte ainsi comme fille une princesse éthiopienne. Plus tard, lorsque les Ethiopiens ont abandonné l’Egypte et que le pouvoir passe à la xxvI® dynastie, Psammétique Ie" oblige Shapenap II, la divine adoratrice éthiopienne en fonction, à choisir Nitokris, fille de Psammétique Ier. Celle-ci adopte, à son tour, une autre princesse saïte, sa nièce Ankhnasnoferibre.
Deux stèles précieuses, découvertes dans le temple de Karnak et transportées au Musée du Caire, nous font assister à des épisodes de cette histoire des divines adoratrices. La première décrit l’adoption de Nitokris par Shapenap II : « Une députation de la noblesse et du clergé thébain vint la chercher à Memphis, au mois de Tybi de l’an 1x : Psammétique la leur présenta formellement et, comme de coutume, les ambassadeurs, après avoir entendu son discours, se répandirent en éloges de sa splendeur et de sa générosité. « Cela durera jusqu’à » la consommation des âges, tout ce que tu ordonnes durera. Que c’est beau, ce » que t’a fait le dieu, que c’est éclatant ce que t’a fait ton père divin! Il aime qu’on » commémore ton double, il se réjouit au prononcer de ton nom, car le seigneur » Psammétique, il a fait un don à son père Amon, il lui a donné sa fille aînée, sa » chérie Nitaougrit Shapenouapit, comme divine épouse, pour qu’elle agite le » sistre à sa face! » Le 28 Tybi, la princesse quitta le harem vêtue de fin lin,