CHAPITRE V. PHARAON, LE FILS D’AMON
parée de bijoux en malachite, et descendit au port parmi une foule immense afin de s’expatrier. Des relais échelonnés d’espace en espace facilitèrent si fort le voyage qu’au bout de seize jours elle arriva en vue de Thèbes. Elle débarqua, le 14 Khoïak, aux acclamations du peuple : « Elle vient, la fille du roi du Midi, » Nitaougrit, à la demeure d’Amon pour qu’il la saisisse et s’unisse à elle ; elle » vient, la fille du roi du Nord, Shapenouapiît, au temple de Karnak, pour que les » dieux y chantent ses louanges. » Sitôt que la vieille Shapenouapit eut aperçu sa coadjutrice, « elle l’aima plus que toute chose », et elle lui assigna un douaire, le même qu’elle avait eu de ses propres parents et qu’elle avait consenti à sa première fille d’adoption Amenertas. Les magnats de Thèbes y ajoutèrent à l’envi leurs présents de bienvenue, le vieux Montoumihäâit, son fils Nsiphtah, les prophètes d’Amon : Psammétique avait eu la main
large de son LUS et les FIG. 55. (Phot. A. de Malander.) MEDINET HABOU. temples de l'Egypte Chapelles des divines adoratrices.
firent à la princesse
des rentes annuelles sur leurs revenus ou lui prodiguèrent des maisons et des champs. Le tout constituait un apanage considérable dont la richesse consola quelque peu les Thébains de leur sujétion à une dynastie issue des cités du Nord (9). »
L’autre stèle nous fait assister à l’adoption d’Ankhnasnoferibre et son intronisation à la mort de sa mère adoptive : « L’an I, le troisième mois de Shoumou, le 29, sous le roi Psammétique II, qui donne la vie ; — ce jour-là, la fille royale Ankhnasnofiribri arriva à Thèbes. ;
» Lorsque sa mère, l'épouse du dieu, Nitokris, vivante, fut sortie pour voir ses grâces, elles se rendirent à la Maison d’Amon, ensemble, et voici que vint en » procession le... lui faire sa titulature, disant : La grande chanteuse, celle » qui porte les fleurs dans le grand château, celle qui marche à la tête de la » lignée d’Amon, le premier prophète d’Amon, la fille royale, Ankhnasnofiribri, » c’est elle qui est accourue vers son père Amonrâ, seigneur de Karnak, chef de Thèbes. »
« L’an vit, le premier mois de Shaïît, le 23, ce dieu, le dieu grand Psammétique sortit au ciel (mourut), il se forma en disque solaire, les membres divins
se résorbèrent en qui les avait créés, et voici que son fils fut intronisé en sa place, le roi Apriès, vivant.
» L’an IV, le quatrième mois de Shomou, le 4, de ce roi, la divine adoratrice Nitokris, juste de voix, sortit au ciel, elle se forma en disque solaire et les membres divins se résorbèrent en qui l’avait créée ; et sa fille, le premier prophète Ankhnasnofiribri, lui fit tout ce que l’on fait à un roi bienfaisant. Puis, douze jours plus tard, le quatrième mois de Shomou, le 16, après que fut allée la fille royale, le premier prophète Ankhnasnofiribri, à la Maison d’Amon-râ, roi des dieux, les prophètes, les pères divins, les prêtres, les horoscopes du temple d’Amon derrière elle, précédés des Grands Amis, elle accomplit toutes les formalités de la Montée de la divine adoratrice d’Amon vers le temple, par l’entremise du scribe des écrits divins et des neuf prêtres
de cette Maison; elle revêtit tous
FIG. 56. (Phot. G. Legrain) Musée Du CARE. les charmes et toutes les parures. d’épouse divine et adoratrice divine
Amon et son épouse terrestre.
d’Amon; puis, se levant couronnée des deux plumes et du mortier, elle fut proclamée régente du circuit complet du disque, et on lui fit son titre ainsi qu’il suit : «Princesse, la très gracieuse, la très louée, dame de grâce, douce » d’amour, régente de toutes les femmes, épouse divine, adoratrice divine » Maout-Houqi-Nofrouîtou, servante divine, Ankhnasnofiribri, vivante, fille » royale de Psammétique. Maintenant qu’il lui a été fait toutes les formalités et » tous les rites, ainsi qu'il fut fait à T'afnouit la première fois, c’est à elle que » viennent les prophètes, les pères divins, les horoscopes du temple, à toute > époque où elle se rend à la Maison d’Amon, en toutes les fêtes où le dieu se > lève solennellement (10). »
Ce texte est aussi explicité qu’on peut le désirer : lorsque la divine adoratrice meurt, on lui fait « tout ce que l’on fait à un roi bienfaisant ». En effet, puisque les événements politiques s’opposent à ce qu’il y ait un roi à Thèbes, c’est à