CHAPITRE V: PHARAON, LE FILS D’AMON
l'épouse divine, autrefois la reine, que sont dévolus les droits et les prérogatives du roi. Parce qu’elle est roi, elle est aussi grand prêtre.
Amon, pas plus que les rois du Nouvel Empire, ne se contentait d’une seule épouse. Nous connaissons, par les textes, des personnes qui touchent de près à la famille royale et qui s’intitulent « supérieures des recluses (des concubines) d’Amon ». Celles-ci constituaient le harem du dieu. Il est probable que les nombreuses « chanteuses d’Amon » en faisaient partie. Nous avons dit que la divine adoratrice d’Amon restait vierge; à croire ce que raconte Strabon, il n’en aurait pas été de même des concubines. Celles-ci se seraient livrées à la prostitution sacrée, telle qu’on la trouve dans les religions sémitiques. Disons enfin que le titre de père divin d’Amon se rencontre fréquemment dans les inscriptions, et que vraisemblablement, il doit être entendu dans le sens de beau-père, parce que ceux qui le portaient avaient eu des filles dans le harem divin. |
On voit donc que la prétention de Pharaon se proclamant le fils d’Amon est entièrement justifiée. Amon dans son palais, entouré des membres de sa famille terrestre, nous apparaît à son tour comme un souverain mortel, veillant à transmettre son héritage à son fils bien-aimé. ”
FIG. 57. (Phot. Gaddis.) RAMESSEUM. PRÉSENTATION DES INSIGNES DU POUVOIR.
=JATSHEPSOUT, dans l’inscription de son obélisque, dit en parlant d’Amon : « Je ne concevais de travaux sans son action; c’est lui qui donnait les instructions, je ne dormais pas tant j'étais préoccupée de son temple et jamais je ne me suis détournée d’accomplir ses ordres. car je savais que Karnak c’est l’horizon céleste sur terre. »
Les Egyptiens l’entendaient bien ainsi : une partie du ciel avait été transportée dans leur pays. Un texte mythologique explique clairement comment le dieu Ptah, lors de la création du monde, a réussi à faire descendre les dieux de leur demeure céleste. I1 a façonné leurs corps en bois, en pierre, en métal de toute espèce, de manière à satisfaire leur cœur. Alors les dieux ont pénétré dans les statues, qui sont devenues leur support matériel, et l’endroit où elles sont conservées est vraiment une réplique du ciel, ou, par allusion à la religion solaire, l’horizon céleste. Aussi, parlant des portes du sanctuaire, on dira : « les portes du ciel ». « L’ouvreur des portes du ciel dans Karnak » sera le titre du grand prêtre. On l’appellera parfois « l’ouvreur des portes du ciel dans Karnak, afin de voir ce qui est en lui », ou encore, «afin de voir les choses merveilleuses qu’il contient ».
Le roi qui entre dans le temple entre donc au ciel et là, au cours des cérémonies, 1l vit parmi les dieux. Sur les murs, les représentations nous ont déjà montré le pharaon mêlé aux divinités comme si, véritablement, celles-ci se
révélaient aux yeux des Egyptiens. La seule explication tout à fait satisfaisante
est que, dans les fêtes, des prêtres et des prêtresses étaient chargés de représenter les personnages divins. Ils en portaient alors les insignes et les attributs, et, lorsqu'il le fallait, les masques d’animaux.
Dans certains cas, on peut admettre qu’on se contentait de recourir à l’emploi de statues divines. Si, par exemple, le roi devait subir une purification avant de pénétrer dans le sanctuaire, il passait entre deux statues représentant des dieux qui déversaient sur sa tête le contenu de vases. Cette scène pourrait se rattacher au rituel du couronnement, car c’est alors que le roi, pour la première fois, subissait cette purification, mais à chaque nouveau sacrifice, 1l répétait le rite, n'étant prêtre qu’en tant que roi. C’est ce qui nous explique que
la libation est versée le plus souvent par deux divinités représentatives des royaumes de Haute et de Basse-Egypte : Horus et Seth. Mais Seth, devenu l'ennemi d’Horus par un développement mythologique, est souvent remplacé par Thot. Lorsque cette scène est placée au linteau des portes, elle indique que le roi devait subir la purification avant de franchir le seuil.
Cette même idée de l'investiture royale par des divinités agissant comme des êtres vivants est illustrée dans d’autres reliefs. Au mur Sud de la salle hypostyle, nous avons vu déjà Horus et Thot nouant les plantes symboliques sous le roi agenouillé (fig. 58).
À côté, nous assistons à une scène qui met en jeu un plus grand nombre de figurants (fig. 59).
Le roi est au centre; assis sur une sorte de plateforme, sur laquelle repose également le trône de deux divinités, les déesses protectrices des deux royaumes, Ouadjit et Nekhabit. Horus et Thot s’approchent en courant ; ils portent chacun une des couronnes. Celle de Basse-Egypte est une coiffure bizarre, plate en avant et terminée à l'arrière par un haut bâtonnet-devant lequel s’enroule une spirale : c’est la couronne rouge. L’autre, la couronne blanche, est une mitre élevée, rétrécie vers le haut et se terminant en boule. Les deux couronnes emboîtées, formant ce qu’on appelle le « pschent », sont placées sur la tête du roi.
C’est aussi à la cérémonie du couronnement que se rattache l'épisode de inscription du nom royal sur les feuilles ou les fruits d’un arbre sacré. En théorie, la fête se passait à Héliopolis où celui-ci croissait dans le temple sous le nom de Ished. La scène est représentée deux fois dans la salle hypostyle, au mur Nord pour Sethi Ier (fig. 60) et au mur Sud pour Ramsès II. Le roi est agenouillé au pied de l’arbre sacré. Sur son fruit, Thot, le scribe divin, peint le nom du roi : c’est une manière de lier la vie de Sethi ou de Ramsès à celle de l’Ished par l’incorporation du nom, qui est une espèce d’âme, à l’une
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FiG. 56: (Phot. Gaddis.) RARNER, Horus et Thot nouant le Nord et le Sud.