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CHAPITRE VI. LE CIEL SUR LA TERRE

des parties essentielles de la plante. Le fruit sur lequel on avait peint le nom n’était-1l pas planté pour donner naissance à un nouvel arbre? Au Ramesseum, dans la première petite salle hypostyle, près de la porte du fond, à droite, Ramsès II est assis sur un trône à l’ombre de l’arbre sacré et, cette fois, trois divinités peignent le prénom et le nom du roi; à gauche, c’est le dieu Toum d'Héliopolis ; a-droite, le dieu Thot ; entre “Thot et le roi, la déesse Seshat. Celle-ci tient, ainsi que Thot, une grande palme à crans au sommet de laquelle est accroché l’hiéroglyphe de la célébration du jubilé.

Dans la salle précédente, à gauche de la porte, audessus d’un basrelief représentant les fils de Ramsès IT, nous assistons à une nouvelle scène qui se rattache encore à la cérémonie du "# couronnement FIG. 59. (Phot. Gaddis.) KARNAK. Les dieux apportant les couronnes.

(fig. 57). Amon est assis sur son trône, la déesse Mout à côté de lui ; le dieu présente à Ramsès trois insignes : le glaive recourbé qui lui assure la conquête des pays étrangers, le sceptre en forme de crochet et le fouet qui font du roi le maître de l'Egypte. Cela implique pour lui l’obligation d’en être aussi le défenseur. Ramsès IT tend le bras

droit pour recevoir l’arme et les insignes ; sur sa main gauche viennent se poser

des signes hiéroglyphiques placés au sommet d’une palme à crans, qu’Amon penche vers lui. C’est le présage et la promesse d’une infinité de célébrations de jubilés. La déesse assure le roi de sa sollicitude et de sa protection : « Mes deux bras », dit-elle, « embrassent tes beautés. »

Souvent d’ailleurs, et particulièrement sur les piliers, on voit les dieux et les déesses qui embrassent le roi tendrement serré dans leurs bras. Les bouches se rapprochent ; parfois même, d’un geste affectueux, Pharaon a passé sa main derrière la tête de l’ami divin. Bien des fois la même idée de protection est exprimée là où on ne la soupçonnerait pas d’abord : lorsque le dieu est représenté sous forme animale. Au sanctuaire d’Hathor, à Deir el Bahari, la reine

est debout sous la tête d’une vache sacrée. En mille endroits, les vautours ou les faucons planent au-dessus de la figure du roi. Ce sont les déesses de Haute et de Basse-Egypte ou le dieu Horus qui tiennent dans leurs pattes des signes de durée, de prospérité ou de vie. C’est toujours à la même idée que nous pouvons rattacher les scènes où le roi s’avance vers le dieu principal, conduit à la main par ses parrains. Au mur Sud, partie Est de la salle hypostyle, on verra, par exemple, Ramsès II précédé d’étendards divins, se dirigeant vers le temple d’Amon-Ra. Le disque solaire avec les deux uraeus, déesses de Haute et de Basse-Egypte, gravé au-dessus du roi, est encore une nouvelle image des dieux protecteurs. Les parrains qui conduisent Ramsès II par la main, sont Mentou et Toum : Toum, le grand dieu d’Héliopolis, Mentou (comme nous l’avons dit) originairement maître de la ville d’'Hermonthis, que les textes appellent l’Héliopolis du Sud. Le rôle qu’on leur fait jouer dans cette circonstance montre qu’ils étaient en quelque sorte les premiers après Amon, mais qu’ils reconnaissaient la suzeraineté de ce dernier. Ils lui conduisent le nouveau roi, sont chargés de l’introduire et de l’instruire de la manière de se présenter devant le maître suprême.

Dans un long couloir, au Sud du promenoir de Thoutmès III, on trouvera quelques exemples de scènes, reproduites à peu près dans tous les temples, qui illustrent les rites de fondation. Pour déterminer l’axe du nouvel édifice, il s’agit de planter des piquets selon les règles d’une géométrie divine. Il faut fixer ensuite les limites de l’enceinte sacrée, creuser des fondations, poser la première brique, faire des sacrifices au génie local. Pour toutes ces cérémonies compliquées le roi peut compter sur l’aide des dieux. Ils l’instruisent aussi dans divers arts. Au même endroit, entre autres représentations, on verra le pharaon s’exerçant à tirer de l’arc sous la direction de Seth. Lorsqu'il faut, au moins théoriquement, aller prendre au filet, dans les marécages, les oiseaux qui serviront au sacrifice, ce sont les dieux encore qui tirent la corde en même temps que le roi. La scène est représentée, par exemple, dens le sanctuaire de Karnak, au mur Sud de la première salle.

Nous avons remarqué que les dieux, lors du couronnement, donnaient au roi des gages matériels de la promesse qu’ils lui faisaient de nombreux jubilés. La célébration de ceux-ci est l’objet de représentations qui, malgré des études de spécialistes, restent fort mystérieuses. C’est ce que l’on appelle le Heb-Sed, mais on n’est pas d’accord sur la traduction du nom de la fête. En tous cas, il paraît sûr qu’il s’agissait d’un renouvellement de l’intronisation. On a soupçonné qu’à une période très ancienne et suivant des rites dont on a retrouvé des exemples, même à l’époque moderne, dans d’autres pays, on tuait le roi parce qu’on doutait qu’il possédât encore les qualités requises pour exercer ses fonctions. Ce serait sous l’empire d’idées semblables qu’on aurait mis à mort, de temps à autre, les animaux sacrés. De bonne heure, pour les rois, l’usage

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