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CHAPITRE VI. LE CIEL SUR LA TERRE

se serait adouci : au lieu de sacrifier le souverain, on le supposait mort et lon couronnait son successeur, qui était lui-même. A cette occasion on construisait un pavillon du couronnement ; on recommençait toute la cérémonie suivant le rituel traditionnel ; le roi modifiait son nom et s’installait dans

un nouveau palais.

C’est au Heb-Sed que se rattachent la plupart des représentations du roi exécutant des courses, d’autres disent des danses, devant les dieux; la procession des génies de Haute et de Basse- Egypte portant le roi en palanquin que l’on voit par exemple à Louxor, au mur Sud de la chambre de la Naissance. Ajoutonsy les tableaux du roi,

portant la couronne

de Haute et de Basse- Egypte, enveloppé

dans un vêtement

étroitement serré et assis dans un kiosque posé sur une estrade élevée.

Toute l’érudition,

toute l’ingéniosité des savants ne réussiront

pas à expliquer la signification précise

de telles fêtes. Sou-

vent dans les formu-

FiG. 60. (Phot. Gaddis.) KARNAK.

Inscription du nom sur l'arbre sacré.

les on s’est contenté d’écrire les premiers mots du texte récité par les prêtres.

On n’a représenté que les épisodes les plus saillants, sans aucune idée de transmettre à la postérité le souvenir d’une cérémonie. Les textes excitent notre

curiosité plus souvent qu’ils ne la satisfont.

Si nous devions juger d’après ces tableaux nous serions convaincus que

IOI

véritablement, ainsi que nous le marquions en commençant ce chapitre, le roi vivait au milieu des dieux, ceux-ci prenant une part active à toutes les cérémonies qui se faisaient dans le sanctuaire.

Nous savons déjà qu’Amon sortait de chez lui les jours de procession. Il passait dans les salles hypostyles et les cours, ce qui lui donnait l’occasion de rendre des oracles et de recevoir directement les hommages de ceux qui n'étaient admis que dans les parties moins secrètes de l'édifice sacré.

A l’occasion des grandes fêtes, Amon quittait sa demeure pour se rendre aux temples voisins, ou même il faisait ce que nous pourrions appeler un voyage. Celui-ci nécessitait l’emploi d’un grand bateau sur lequel on déposait l’arche sacrée : on l’appelait Ouserhat. Les meilleures représentations que nous en ayons sont : à Karnak, au 111° pylône d’Aménophis III, sur le mur Est du massif Nord ; dans la salle hypostyle, au mur Ouest, partie Nord (Sethi1 It) et partie Sud (Ramsès IT) ; à l’extérieur du temple de Ramsès III ou encore au temple de Khonsou, au mur Ouest de la cour. Le mur extérieur Sud du sanctuaire des barques en donne une image tout à fait abrégée. Les autres, où tous les détails ont été soigneusement marqués, nous permettent de nous en faire une idée exacte. C’est un immense vaisseau portant aux extrémités des têtes de bélier ornées de bijoux précieux. Au centre se trouve un tabernacle assez grand pour contenir l’arche du dieu et qui est la réplique du sanctuaire. Il est même précédé d’obélisques, de grands mâts à bandelettes flottantes et de colonnes surmontées d’emblèmes religieux. L’équipage est formé de divinités. Le roi lui-même participe à la manœuvre et il semble jouir du don d’ubiquité. En effet, c’est lui qui tient le gouvernail et qui, en même temps, brûle l’encens à la porte du tabernacle. Lisons les descriptions de l’Ouserhat par les rois qui se vantent de lavoir construit à nouveau. Aménophis III dit du bateau, figuré au ItIe pylône : « Je fis un autre monument pour celui qui m’avait engendré, Amon-Ra, maître de Karnak, qui m'avait établi sur son propre trône. Je lui fis un grand bateau de sapins nouveaux coupés par Ma Majesté dans les pays de la terre des dieux. Les princes de tous les pays étrangers les tirèrent pardessus les montagnes de Syrie. Et on le fit si large et si long que jamais on n’en avait fait un semblable. Sa coque est d’argent, complètement incrustée d’or, le tabernacle d’électrum, et son éclat remplit la terre tout entière. Les extrémités sont non moins éclatantes; elles supportent des couronnes avec des serpents entrelacés le long de ses deux côtés. Les grands mâts fichés devant le tabernacle sont travaillés en électrum et deux grands obélisques s’élèvent entre eux : tout le bateau est magnifique. On y voit les dieux de Pe et les dieux de Nekhen qui se réjouissent et adorent, et les deux déesses du Sud et du Nord qui acclament ses beautés... L’avant et l’arrière font resplendir l’eau lorsqu'on fait la belle navigation dans la fête au cours de laquelle le dieu effectue son voyage vers l’Ouest. »

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