CHAPFPRE VI" FE CIEL SUR'LA TERRE
Le papyrus Harris, dans l’inventaire des donations de Ramsès IIT décrit à son tour le bateau d’Amon précisément figuré à l’extérieur de son temple à Karnak : « Je t’ai fait construire ta barque sacrée Ouserhat, longue de cent trente coudées, en bois de sapin. Les poutres merveilleuses sont recouvertes de bon or jusqu’à la ligne de flottaison comme pour la barque de Ra lorsqu'il vient du pays de Beket, faisant vivre tous les hommes par sa seule vue. Le tabernacle qui s’y trouve est de bon or incrusté de pierres précieuses comme le grand temple d’Héliopolis. À Pavant et à l’arrière sont des têtes de bélier d’or ornées d’uraeus et qui portent la couronne Atef. »
Les bas-reliefs de la grande colonnade de Louxor (fig. 61), malgré leur mutilation lamentable, permettent de suivre toutes les péripéties d’une de ces grandes processions au cours desquelles Amon
embarqué sur
È ns FIG. 61. (Phot. J. Capart.) LOUXxOR.
ae = Ê 4 Grande colonnade d’Aménophis III.
un autre temple. Daressy les a décrites'avec beaucoup de précision : « La châsse du dieu sortait du sanctuaire de Karnak, était menée par eau à Louxor, où elle entrait dans le temple, puis reconduite à Karnak à la fin de la journée.
» I. Avant la fête. — Sur le mur Nord-Ouest, Horemheb est représenté offrant l’encens à Amon et à Mout; il est dans le sanctuaire, dont la porte ornée de fers de lances est figurée derrière lui. Sur le mur de l’Ouest on voit le roi brûlant de l’encens et faisant une libation devant la barque sacrée d’Amon. Les trois autres barques, placées au-dessous, sont celles du roi, de Mout et de Khonsou ; des offrandes de toutes sortes sont disposées sur des tables et dans des corbeilles.
» II. Sortie du temple. — Les prêtres portent les quatre barques sacrées :
vingt-quatre d’entre eux soulèvent chacune d’elles sur leurs épaules ; à l’avant et à l’arrière on agite un long chasse-mouches ; quatre officiants, revêtus de la peau de panthère, marchent aux côtés du naos; un autre prêtre précède le cortège, en agitant l’encensoir. Le roi suit à pied la barque d’Amon ; en tête de la procession on voit un joueur de trompette et un tambourinaire. Le cortège vient à peine de quitter le temple, dont le pylône est encore visible : l’artiste a représenté les bas-reliefs qui entourent la porte, les huit mâts dressés devant la façade, les sphinx androcéphales qui ornent l'entrée.
» III. Navigation. — La procession est arrivée au bord du Nil ; les barques divines sont déposées dans de grands bateaux qui remontent le fleuve, soit tirées à la corde, soit à la rame, soit remorquées par des barques à voile. Le cortège suit à pied sur la rive ; il est ainsi composé :
» 1° Un prêtre qui chante un hymne en l’honneur d’Amon et du roi.
» 20 Un détachement de soldats égyptiens portant le bouclier, armés d’une lance et d’une hache.
» 3° « Les grands chevaux de Sa Majesté » attelés à deux chars vides.
» 4° Les hommes qui halent la barque d’Amon, dans les positions les plus diverses (fig. 62). Plusieurs se retournent ou s’agenouillent pour lancer leurs acclamations à la divinité.
» 5° Trois nègres dansant et faisant des contorsions pendant qu’un quatrième joue du tambour.
» 6° Des soldats (?) avec deux plumes sur la tête, frappant l’une contre l’autre deux languettes de bois, en guise de castagnettes.
» 7° Huit prêtresses tenant chacune à la main un collier et agitant un sistre.
» 8° Quatre prêtres.
» 9° Les haleurs de la barque de Mout.
»10° Des officiers portant des enseignes militaires.
»11° Des joueurs de castagnettes.
»120 Un homme jouant d’une sorte de mandoline à long manche et d’autres frappant dans leurs mains en cadence.
» Les diverses inscriptions qui accompagnent ces scènes dépeignent la joie du peuple de voir les dieux et formulent des vœux en faveur du roi.
» IV. Procession à terre. — Arrivées en face de Louxor, les barques sacrées sont sorties des bateaux qui les portaient, et les prêtres les reprennent sur leurs épaules. Des trompettes et des tambours marchent en tête du cortège; des prêtresses agitent les sistres ; des femmes se livrent à des danses gymnastiques, renversant le corps en arrière jusqu’à toucher la terre avec leurs bras allongés. Au-dessous, on assiste à l’abatage des bœufs et à la préparation des offrandes qui vont être dédiées aux divinités.
» V. Présentation des offrandes. — Les arches sacrées ont été déposées dans le temple, autour d’elles sont amoncelées des offrandes de tous genres.
‘AAMNOVS ANÔOAVA VI 4Q SHNAIVH SAT NOWNVHANVINOL 44 AATIHX AHAOXNOT
(SIppeO ‘10ud)
Sur le mur du Sud-Ouest, le pharaon est représenté en face d’Amon et de Mout ; quatre prêtres versent dans de grands vases le vin contenu dans des amphores, et le roi consacre cette libation en touchant les vases de son sceptre.
» Dans la partie orientale on voit la contre-partie des scènes que nous venons de parcourir, c’est le retour du dieu à Karnak (11). »
D’autres fois, Amon traversait le Nil pour se rendre à la rive Ouest où se célébrait une « fête d’Amon dans la vallée ». C’est le moment de raconter une aventure bien extraordinaire arrivée lors d’une navigation, à une époque de décadence où les rois résidaient dans le Delta. Elle nous est narrée par un papyrus démotique qui se rattache à la série des romans de Petoubastis. Un jeune prêtre de Basse-Egypte, se croyant lésé dans ses droits par un prêtre d’Amon, arrive à Thèbes avec treize « bouviers », habiles combattants ; grâce à leur aide, il réussit à s'emparer du bateau divin qui revenait vers Karnak. Il déclare qu’Amon ne pourra retourner dans son temple que lorsque justice aura été faite.
Voici un passage particulièrement caractéristique de cette histoire : « Le jeune prêtre se dispute ardemment avec le fils du roi ; il se leva contre Ankhhorou, le fils royal, comme fait un lion contre un onagre, comme une nourrice contre son gars quand il est méchant ; 1l le saisit par-dessous sa cuirasse, il le jeta à terre, il le lia solidement, 1l le poussa sur le chemin devant lui. Les treize bouviers se mirent en route derrière lui, et personne au monde ne les attaqua, tant était grande la crainte qu’ils imposaient. Ils se dirigèrent vers la barque d’Amon, ils montèrent à bord, ils déposèrent leur harnois, ils poussèrent Ankhhorou, le fils royal, dans la cale de la barque d’Amon, lié avec une courroie de Gattani, et ils baissèrent la trappe sur lui. Les gabiers et les rameurs descendirent sur la berge : ils posèrent leurs boucliers à côté d’eux, ils se lavèrent pour une fête, ils apportèrent le pain, la viande, le vin qu’ils avaient à bord, ils le posèrent devant eux, 1ls burent, ils firent un jour heureux (12). »
Une seule fête d’Amon nous est connue avec le scénario complet. On la trouve reproduite au Ramesseum, sur le 11° pylône, au mur Ouest de la tour Nord, et à Medinet Habou, aux murs Nord et Nord-Est de la deuxième cour du grand temple de Ramsès III. On pourrait l’appeler la fête de la récolte puisque le roi coupe la première gerbe en présence du dieu de la fécondité, sous la forme de Min. On est surpris de découvrir que de très vieux pharaons participaient à la cérémonie sous forme de statues portées par des prêtres. Au Ramesseum, on voit Ménès, le premier roi, puis un Mentouhotep de la xI® dynastie, et tous les rois orthodoxes de la xvirre. C’est un témoignage frappant de la persistance de la tradition historique. D’autre part, la langue des textes commentant les reliefs montre qu’il s’agit d’une fête extrêmement ancienne.
À Medinet Habou, les reliefs sont dans un excellent état de conservation et