‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 41 sur 137 · TITI · texte numérisé non relu

TITI

(tombeau n° 74), officier supérieur de Thoutmès III, d’Aménophis II et de Thoutmès IV, dit dans son inscription biographique : « J’ai servi sous Thoutmès III... j’ai vu les victoires qu’il a remportées dans tous les pays étrangers, je lui aiamené les princes de Phénicie prisonniers vers la terre d'Egypte, lorsqu'il avait capturé toutes leurs villes, coupé leurs bois et qu'aucun pays ne pouvait tenir devant lui. C’est moi qui ai enregistré les victoires qu’il avait remportées dans tous les pays étrangers, les mettant par écrit en conformité avec les événements. » Malheureusement, aucun manuscrit ne nous a été conservé avec les récits détaillés des victoires royales.

Thoutmès III fut un des grands rois conquérants. À la suite de ses campagnes victorieuses, il fit exécuter au temple d’Amon à Karnak une série de remaniements aux salles qui entouraient le sanctuaire des barques. On appelle actuellement « Chambre des Annales » la salle où se dressent les deux piliers de granit, parce que les textes gravés sur les murs donnent des extraits des livres de victoires de Thoutmès III. L'inscription continue dans le couloir au Nord du sanctuaire.

La première campagne est décrite complètement, les autres sont seulement résumées et le compilateur semble avoir attaché une importance particulière au dénombrement du butin et à l’énumération des tributs payés par les vaincus. De là, le nom fréquemment employé d’ « inscription statistique de Karnak ». Le manuscrit comprenant le récit complet était conservé dans le temple. Un passage des annales nous apprend que « tout ce que Sa Majesté avait fait dans un certain district contre le misérable chef des ennemis et sa vile armée, on linscrivait le jour même en son nom... et on l’avait écrit sur un rouleau de cuir conservé dans le temple d’Amon ».

La première campagne de Thoutmès III a comme épisode central la prise de la ville de Megiddo. Il s’agissait pour l’armée égyptienne de briser une coalition de roitelets de Syrie, organisée par le roi des Hittites ; l'ennemi avait réuni une puissante armée dans la ville de Megiddo dominant la plaine d’Esdraëlon. Pour celui qui vient d'Egypte et qui doit gagner les environs de Megiddo, il est indispensable, après avoir traversé la plaine de Sharon, de s’engager dans une des passes du massif montagneux orienté dans la direction du Nord-Ouest, qui aboutit au Carmel. Le chemin qui s’offre le plus naturellement et qui est le plus praticable pour une armée, est la passe de Dothan. L’ennemi, s’attendant à voir déboucher les Egyptiens de ce côté, a conduit une grande partie de ses forces dans cette direction, au Sud de Megiddo. Il existe d’autre part un défilé dans les montagnes à l’Est d’Arouna. Avant de prendre une détermination, Thoutmès III réunit un conseil de guerre. Les éclaireurs présentent leurs rapports et les officiers sont appelés à donner leur avis. Ils redoutent les dangers de l’étroit défilé d’Arouna, proposent de choisir la route qui tourne la position. Le roi rejette avec indignation leur avis qu’il trouve entaché de

‘NVNVYXAd 4Q ASIA

‘SIVNVAIT SHQ NOISSINNOS

I IHLHS 44 SINOVAWVI

AVNAVAH

SPP)

lâcheté : « Par ma vie, par l’amour que Ra a pour moi, par la faveur dont je jouis auprès de mon père Amon, je passerai par ce chemin d’Arouna, soit qu'il y en ait parmi vous à qui il plaise d’aller par d’autres chemins dont vous m’avez parlé, soit qu’il y en ait parmi vous à qui il plaise de me suivre. Car, que dirait-on chez ces vils ennemis que Ra déteste : « Est-ce que Pharaon ne passe pas par un » autre chemin? Il s’écarte par peur de nous. » Voilà ce qu’ils diraient. » On répondit au roi : « Que ton père Amon te protège; nous te suivrons en tout lieu où tu passeras, comme il convient que des serviteurs suivent leur maître. » Et, en trois jours de marches forcées, on arrive à la ville d’Arouna, puis on s’engage dans le défilé. On franchit le col sans obstacles ; le roi lui-même reste à l’entrée de la passe jusqu’à ce que le dernier soldat ait pu déboucher ; par ce coup d’audace, l’armée égyptienne est placée entre la ville de Megiddo et l’armée ennemie qui s'était avancée vers le Sud. Mais il est trop tard pour rien entreprendre ce jour-là, et l’on établit le camp dans la plaine, en face de l’adversaire. Le lendemain, la bataille est engagée ; elle se termine par la défaite des confédérés. Les soldats pris de panique se précipitent vers Megiddo pour s’y réfugier. Il s’en faut de bien peu que les chefs soient capturés : lorsqu'ils arrivent aux portes de la ville, ils les trouvent déjà fermées ; on réussit à hisser les fuyards en leur jetant des cordes. Malheureusement, les soldats égyptiens se sont attardés à piller le camp plein de richesses, ce qui empêche d’emporter la ville par surprise du même coup. Thoutmès IIT reproche à ses soldats leur cupidité qui les oblige maintenant à investir la place.

Plusieurs mois sont nécessaires pour obtenir la capitulation. Breasted résume comme suit la première campagne : « En moins de cent quarante-huit jours, approximativement cinq mois, Thoutmès III remporte la bataille de Megiddo, investit complètement la puissante forteresse et s’en empare ; puis il marche 128 kilomètres vers le Nord jusqu’à la région du Liban, prend trois villes, construit une forteresse, revient à la côte du Delta. Il remonte le Nil jusqu’à Thèbes où 1l célèbre la première fête de ses victoires. La campagne, depuis Tharou, à la frontière orientale du Delta, jusqu’à Thèbes, a pris au maximum cent soixante-quinze jours. Nous savons qu’il est parti vers la mi-avril et qu’il était de retour à Thèbes avant la mi-octobre, ce qui montre que l’expédition est restée exactement dans les limites de la saison sèche en Palestine (14). »

Dans les campagnes suivantes, dont nous n’avons que les résumés, nous voyons comment Thoutmès IIT développe et fortifie ses possessions asiatiques. Malgré la brièveté des textes, on peut découvrir les principes de sa tactique militaire. Thoutmès III avait adopté le système de la guerre «amphibie », comme disent les Anglais. Dans la marche à travers la Palestine et la Syrie, les armées s’avancent vers l'Est, se rabattent sur les côtes et s’emparent des ports. Les bases maritimes reçoivent ensuite les approvisionnements nécessaires

F1G. 65. (Phot. Gaddis.) KARNAK. Campagnes de Sethi Ier. Retour en Égypte.

pour que, l’année suivante, les troupes amenées par voie d’eau puissent faire un nouveau bond vers l’intérieur, en s’appuyant sur les ports.

Les principaux adversaires de l’Egypte étaient, comme nous l’avons vu, des princes syriens groupés en confédération par les rois hittites de l’Asie Mineure. Aménophis IV, exclusivément préoccupé d’idées religieuses, n’a pu porter toute l’attention voulue à la tournure inquiétante que prenaient les événements

en Asie où le pouvoir des Hittites ne cessait de croître. Nous avons, pour nous

renseigner sur ces faits, les correspondances diplomatiques découvertes à Tell el Amarna ; malheureusement, aucun monument thébain n’a conservé les basreliefs qui permettraient de les illustrer. Tous les grands temples funéraires de

Le

n (Phot. Gaddis.)

CAMPAGNES DE SETHI Ier

Page 1