CHAPITRE: VII. LE CHOC DES PUISSANCES
cette époque ont disparu : de l'édifice d’Aménophis III devant lequel se dressaient les colosses, c’est à peine s’il reste quelques pierres ; les murs extérieurs devaient être couverts de scènes dont chacune aurait été une précieuse page d’histoire, au même titre que les représentations de Medinet Habou.
Au début de la xix° dynastie, la situation est devenue critique. L'Egypte n’a réussi qu'en partie à suppléer aux insuffisances de la politique étrangère d’Aménophis IV. Le Mitani, qui était l’allié de l'Egypte, a été écrasé; le jour approche où 1l faudra composer avec l’adversaire et reconnaître que le pouvoir
de l'Egypte en Asie a trouvé ses limites.
Au mur Nord de la salle hypostyle de Karnak, Sethi Ier avait consacré de très nombreux reliefs à ses expéditions militaires. Malheureusement presque tous les blocs des assises supérieures ont disparu et, en général, il ne reste plus que deux des registres. Les tableaux ne semblent pas avoir été établis dans un ordre strictement chronologique. Les sculpteurs ont cherché la meilleure utihsation des surfaces qu’ils avaient à leur disposition. Ils n’ont pas non plus isolé les scènes les unes des autres et l’ensemble paraît fatalement un peu confus. Il n’est cependant pas trop malaisé de distinguer les épisodes les plus caractéristiques des campagnes. Il faut voir d’abord les deux tableaux qui se trouvent gravés sur la face Est, au retour d’angle de la salle, au-dessus de la petite porte (fig. 64). Au registre inférieur, nous assistons à la prise d’une ville asiatique, Pekanan, située sur une montagne. À gauche, les ennemis sont rejetés en déroute vers la montagne qu’ils escaladent rapidement ; les flèches du roi viennent les atteindre en pleine fuite. Le pharaon est à droite, lancé au galop des chevaux de son char. Il tire de l’arc, protégé par les divinités qui Paccompagnent : le disque solaire et la déesse Nekhabit sous forme de vautour. Les ennemis sont pêle-mêle sous les pieds des chevaux. Au-dessus, le roi, descendu de son char, reçoit la soumission des Libanais qui abattent les arbres destinés au tribut.
Revenant au mur Nord, on voit, au registre supérieur, la prise d’une autre ville asiatique, Yenoam, également située dans une montagne boisée. Ici les ennemis combattent en char et le roi, de son poing victorieux, saisit et renverse les combattants debout dans un char dont les chevaux s’abattent. Vers la droite, Sethi Ie lie ses prisonniers ; ailleurs, il enserre plusieurs d’entre eux de ses bras puissants, tandis qu’il tient l’extrémité des cordes auxquelles sont attachées des théories de captifs. Au-dessous, deux scènes montrent le roi se dirigeant vers la droite, à travers les régions qui séparent la Syrie et l'Egypte. Dans le champ, on a dessiné des forteresses et des lacs marquant les principales étapes de la route parcourue. Entre ces deux tableaux géographiques est intercalée une scène de bataille contre les Shasou ou Bédouins, des mêmes régions. On a pris soin d'écrire les noms des chevaux du roi, afin d’en conserver le souvenir. À la scène de droite, le char royal est précédé de trois
rangées de prisonniers les bras liés ou entravés, attachés les uns aux autres par une corde qui les retient au cou et dont le roi serre les extrémités.
Le cortège triomphal atteint la frontière de l'Egypte, représentée par un canal planté de roseaux et abondant en crocodiles (fig. 65). Sur les deux rives se trouvent des constructions. Un cortège de prêtres et de hauts fonctionnaires restés sur la terre égyptienne présentent des bouquets et acclament le vainqueur. Ensuite, aux deux registres, nous assistons à la fête de la présentation au dieu de Thèbes du butin prélevé sur les ennemis (fig. 66). Ce sont des vases précieux qui enrichiront le trésor d’Amon, ou des esclaves qui seront attachés au domaine. Au-dessous, Amon est seul; au-dessus, 1l est accompagné de Mout et de Khonsou. Un encadrement sépare toutes ces scènes du grand tableau dont nous nous sommes occupés déjà et qui montre le roi abattant un groupe d’ennemis devant Amon. Il est possible que, dans le registre supérieur actuellement détruit, il y ait eu des épisodes de guerres contre les populations de la Nubie et du Soudan. En effet, il y a dans le groupe des prisonniers abattus. un nègre représenté d’une manière bien caractéristique. Sur le mur au delà de la porte Nord de la salle hypostyle, la disposition générale est la même (fig. 68). Dans la partie encore existante du registre supérieur, on voit la prise de la ville de Kadesh ; au-dessous, les deux guerres libyennes. Au registre inférieur, c’est la victoire sur les Hittites. Puis, vers la porte d’entrée de la salle, c’est le retour triomphal en Egypte avec les cortèges de Libyens et de Hittites (fig. 67); ensuite, la présentation du butin aux dieux, et enfin, le sacrifice des prisonniers devant Amon. | | ;
Un examen attentif de ces reliefs a permis à Breasted de débrouiller un intéressant problème historique. Au cours du règne de Sethi Ie, on a jugé nécessaire d’apporter aux scènes de légères modifications. Le prince héritier était censé
FIG. 67. (Phot. Gaddis.) KARNAK.
Sethi Ie vainqueur des Khetas.