‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 45 sur 137 · EUR · texte numérisé non relu

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FIG. 70: (Phot. Gaddis.) RAMESSEUM. La prise de Dapour.

au-dessous du roi, on bâtonne les espions ; on remarquera, tout à fait en bas, les Shardanes, gardes du corps étrangers de Ramsès II. Puis, vers la droite, c’est l’attaque du camp et, enfin, l’arrivée des renforts. Sur la tour Est, la bataille se déroule de droite à gauche avec deux points principaux d'intérêt : le roi qui combat et la ville de Kadesh.

Au temple de Karnak, il y avait aussi des bas-reliefs de la bataille de Kadesh ; mais, sans qu’on puisse en deviner la raison, sous le règne de Ramsès II luimême, on les a effacés pour les remplacer par des scènes de présentation et de sacrifice des ennemis devant Amon. Qu’on examine attentivement ces reliefs, au mur extérieur Sud de la salle hypostyle, à la partie qui fait suite vers l'Ouest à la grande inscription du poème. À quelques endroits, on voit reparaître de petites figures faciles à rattacher au thème de la bataille de Kadesh. C’est entre le roi et les ennemis qu’il frappe, que se trouvait la scène de bastonnade des

(Phot. Gaddis.)

RAMESSEUM. BATAILLE DE KADESH.

espions. Vers la gauche, à la hauteur des genoux d’Amon devant lequel se présente Ramsès II, on voit un Egyptien tuant un Hittite au bord de l’eau.

Breasted, qui a fort bien comparé tous ces documents, a pu reconstituer les péripéties de la bataille presque d’heure en heure- au cours de la journée fameuse. Au matin, toutes les divisions égyptiennes étaient en deçà de l’Oronte qui s’infléchit vers l'Ouest près de la ville de Shabtouna. La division d’Amon, conduite par le roi lui-même, franchit l’Oronte, marche rapidement vers le Nord, évite la proximité de la ville de Kadesh, passe un affluent de l’Oronte et s’établit au Nord-Ouest de la forteresse. Pendant ce temps, l’armée ennemie, cachée derrière les murs, a tourné du Nord à l'Est, puis au Sud. Une partie seulement des troupes a traversé l’Oronte au Sud et se jette soudainement à l’attaque des Egyptiens, ainsi coupés des autres divisions en marche. La division de Ra, qui s’approchait de Kadesh, est culbutée au premier choc et l’ennemi pénètre dans le camp de la division d’Amon. On a l'impression que Ramsès II serait resté sur le champ de bataille, malgré la belle vigueur de sa défense si, à ce moment, n’était survenu du renfort, appelé dans le texte les « recrues du pays d’Amor ». Elles arrivent en bon ordre, au milieu de la confusion extrême produite par l'invasion du camp, et c’est elles qui rétablissent la situation.

À en croire le poème, la victoire fut si décisive que, le lendemain, les Hittites demandèrent la paix ; mais en réalité, il fallut de nombreuses années de guerre avant d’arriver à la négociation du traité.

D’autres bas-reliefs de Ramsès IT sont relatifs aux guerres asiatiques. Contentons-nous de citer la prise de Dapour, dans la salle hypostyle du Ramesseum (fig. 70). Les murs extérieurs Ouest du temple de Louxor ont conservé les restes de scènes analogues.

Le résultat de toutes ces campagnes ne fut pas très glorieux pour l'Egypte. Il fallut composer avec l’ennemi et consentir un partage d’influences en Asie. Le mur de Karnak qui réunit la salle hypostyle au vire pylône de Thoutmès III porte, à l’extérieur, près de l’entrée actuelle, le texte du traité signé par Ramsès IT et Khattousili, le roi des Hittites (fig. 72). Une réplique se trouvait au Ramesseum ; récemment, on en a découvert deux copies en langue babylonienne dans les archives des rois hittites de Boghazkeui. « La minute du traité avait été rédigée primitivement en langue de Khati : elle était gravée sur une lame d’argent qui fut solennellement offerte au pharaon dans son château de Ramsès. Les conditions y furent essentiellement les mêmes que celles des traités conclus auparavant à plusieurs reprises, entre les deux empires, au temps de Ramsès Ier et de Seth1 Ier. Il y fut stipulé que la paix serait éternelle et qu’il y aurait alliance : « Si quelque ennemi marche contre les pays soumis au grand roi d'Egypte et » qu’il envoie dire au grand prince de Khati : « Viens, amène-moi des forces » contre eux», le grand prince de Khati fera comme il lui aura été demandé par

| FIG. À (Phot. Beato.)

j KARNAK. TRAITÉ DE PAIX ENTRE RAMSÈS II ET LES KHETAS.

» le grand roi d'Egypte; le grand prince de Khati détruira ses ennemis. Que » si le grand prince de Khati préfère ne pas venir lui-même, 1l enverra les » archers et les chars du pays de Khati au grand roi d'Egypte pour détruire » ses ennemis. » Une clause analogue assure au prince de Khati l’appui des armes égyptiennes. Viennent ensuite des articles spéciaux, destinés à protéger le commerce et l’industrie des nations alliées et à rendre plus certaine chez elles l’action de la justice. Tout criminel qui essayera de se soustraire aux lois, en se réfugiant dans le pays voisin, sera remis aux mains des officiers de sa nation ; tout fugitif non criminel, tout sujet enlevé par force, tout ouvrier qui se transportera d’un territoire à l’autre pour s’y fixer à demeure, sera renvoyé chez son peuple, mais sans que son expatriation puisse lui être imputée à crime. « Celui qui sera ainsi extradé, que sa faute ne soit pas élevée contre lui, » qu'on ne détruise ni sa maison, n1 sa femme, ni ses enfants ; qu’on ne tue pas » sa mère ; qu’on ne le frappe ni dans ses yeux, ni dans sa bouche, n1 dans ses » pieds ; qu’enfin aucune accusation criminelle ne s’élève contre lui. » Egalité et réciprocité parfaites entre les deux peuples, alliance offensive et défensive, extradition des criminels et des transfuges, telles sont les principales conditions de ce traité, qu’on peut considérer jusqu’à présent comme le monument le plus ancien de la science diplomatique (16). »

Un tel document a une valeur inappréciable. Il permet d’évaluer le développement de ces vieilles civilisations orientales, qu’on se représente trop volontiers plongées encore dans la barbarie. En même temps, il nous montre que, si les forces de l’Egypte n’ont guère décliné, les pharaons, dans leurs tentatives d'élargir les frontières, ont rencontré d’autres nations suffisamment organisées pour leur disputer l’hégémonie. Le choc des puissances finit par imposer la politique de l’équilibre des pouvoirs.

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